NESTOR POODASSE chargé de la communication et des Relations avec les Médias de la CP-AES : « J’invite les chefs de terre du Burkina Faso à prendre des engagements fermes selon nos coutumes »
« Ceux qui ont contribué à l’émergence du terrorisme en Afrique sont les mêmes qui combattent aujourd’hui la Russie »
Les Journées économiques du Burkina Faso à Moscou se déroulent du 08 au 11 octobre 2024 dans la capitale russe. Ouvertes par le chef du gouvernement de la Transition, elles se tiennent sous le signe du renforcement de la coopération entre le Burkina Faso et la Russie. De retour de Russie après avoir participé à la Journée économique russo-burkinabè, Nestor Poodassé, participant aux journées au titre du Club des hommes d’affaires russo-burkinabè, partage ses impressions sur cette collaboration historique. Il revient sur les avancées commerciales, les perspectives et l’importance d’un partenariat stratégique avec la Russie, tant sur le plan économique que diplomatique, pour renforcer l’indépendance et la souveraineté du Burkina Faso.
Nestor Poodasssé, vous revenez tout juste d’un séjour en Russie. Pourriez-vous nous en dire davantage ?
Nous avons participé aux Journées économiques du Burkina Faso en Russie à Moscou, sous la direction de Son Excellence le Premier Ministre Apollinaire Kyelem de Tambèla. La délégation comprenait le ministère du Commerce, le ministère des Affaires étrangères, la Chambre de commerce du Burkina Faso, ainsi que le Club des hommes d’affaires russo-burkinabè, qui ont joué un rôle déterminant dans l’organisation de cet événement. Nous avons pris part à cette initiative sous l’égide des hommes d’affaires, et tout s’est déroulé avec succès. De nombreuses avancées positives ont été réalisées lors de cette rencontre, et nous avons été particulièrement satisfaits. Étant une première expérience, nous espérons que ce type d’événement pourra être renouvelé dans un futur proche.
Quel bilan tirez-vous de cette activité ?
Le bilan est très positif. Autrefois, on nous laissait croire que les Russes étaient à éviter, et que les Africains, en particulier les Noirs, n’étaient pas bien accueillis en Russie. Certaines personnes cherchaient même à nous décourager de partir, en demandant aux étudiants africains déjà sur place de confirmer ce présupposé. Cependant, la réalité que j’ai vécue est tout autre. Dès mon arrivée à l’aéroport, une délégation de l’ambassade du Burkina Faso était présente pour m’accueillir. De plus, un ami russe qui avait été informé de mon voyage, s’est également déplacé pour venir me chercher. Cet ami, qui travaille au sein de l’Africa Initiative que vous connaissez sans doute, a pris l’initiative de mettre à ma disposition une voiture, pour faciliter mes déplacements. Cette attention et cette bienveillance que l’on associe souvent à l’Afrique, je l’ai retrouvée chez mes amis russes. Lors du forum, pendant les rencontres B2B, nous avons également eu des échanges fructueux. Des sociétés russes ont signé des conventions avec des entreprises et des coopératives burkinabè, notamment dans le domaine des engrais et d’autres secteurs stratégiques. Ces accords marquent une étape importante pour le Burkina Faso. C’est la première fois que la Chambre de Commerce du Burkina Faso a pu conclure directement des transactions commerciales avec la Russie, sans passer par la Chambre de Commerce de France. Auparavant, c’était comme si nous étions sous la tutelle commerciale française. Aujourd’hui, grâce à cet accord, nous gagnons en indépendance et en souveraineté économique. Nous pouvons désormais commercer directement avec la Russie, sans intermédiaire. C’est une véritable victoire pour notre pays. Voilà pourquoi je dis que cette expérience a été riche en réalisations. Bien que je ne puisse pas tout détailler, ces exemples illustrent les avancées majeures que nous avons réalisées.
La Russie est un partenaire stratégique clé dans le domaine militaire pour la libération du Sahel. Il est donc essentiel que cette dynamique s’étende également au niveau populaire.
Cela sous-entend-il que les hommes d’affaires ayant participé à cette visite en Russie sont revenus avec des projets d’envergure ?
Bien sûr! D’importants projets sont en cours, et certains ont même déjà obtenu des promesses pour envoyer les premiers stocks dans les secteurs concernés, afin de procéder à des essais avant que d’autres étapes ne suivent. Il y a donc de belles perspectives à l’horizon. Actuellement, notre objectif est d’encourager une collaboration étroite entre le peuple burkinabè et le peuple russe. Au niveau étatique, la coopération se déroule bien, notamment en matière de défense. La Russie est un partenaire stratégique clé dans le domaine militaire pour la libération du Sahel. Il est donc essentiel que cette dynamique s’étende également au niveau populaire. Grâce à l’agence de voyage Phonix Business Travels et Tours, une nouvelle mission en Russie est déjà prévue pour avril ou mai 2025. Cette mission comprendra des journées de rencontres, des voyages touristiques, des visites d’entreprises et de sites touristiques. , ainsi que la participation à des conférences. Ceux qui n’ont pas pu participer cette année sont déjà en train de se préparer pour cette nouvelle opportunité. La Russie étant un pays technologiquement avancé, offre de nombreuses opportunités. De notre côté, nous disposons de matières premières et de ressources importantes. Il s’agit donc d’une relation de type gagnant-gagnant. Pour ceux qui souhaitent participer à ce voyage en 2025, il est important de commencer à se préparer dès maintenant. Le coût d’un tel séjour est estimé entre 2 et 3 millions de francs CFA pour une durée d’environ 10 jours, incluant les billets d’avion, l’hébergement, la nourriture et les déplacements. Un investissement de 3 millions de francs est tout à fait raisonnable, si l’on considère les opportunités d’affaires que cela peut engendrer, avec des partenariats potentiels pouvant rapporter des milliards. En s’organisant bien, avril et mai arriveront rapidement. Cette mission en Russie était principalement axée sur le renforcement des relations économiques entre nos deux pays, et l’avenir s’annonce prometteur pour ceux qui sauront saisir ces opportunités.
Quels sont les principaux enseignements à retenir notamment en ce qui concerne le terrorisme ? Lors de ce voyage, y a-t-il eu des engagements ou des promesses formulées à cet égard?
Je ne suis pas mandaté pour aborder les questions de sécurité. Le Premier ministre, en tant que chef de la mission officielle, accompagné des membres du gouvernement, était chargé de cela. Il y a eu de nombreuses discussions à ce sujet, mais je n’ai pas toutes les informations. Je vous recommande de vous rapprocher de la Primature ou des ministères de la Défense et des Affaires étrangères pour obtenir des détails plus précis. Ce que je peux affirmer, c’est que la Russie est un partenaire stratégique, notamment sur le plan militaire. Les officiels russes avec qui j’ai eu des échanges ont confirmé que cette coopération militaire se déroule très bien. Il n’y a aucun doute sur ce niveau, et cela est visible sur le terrain. Lors de ma visite, l’un des responsables m’a conduit au parc Patriote où la Russie exposait des armes de pointe. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’était la saisie des armes fournie par l’OTAN à l’Ukraine, présentées lors de cette exposition. J’en profite pour appeler le peuple burkinabè et, plus largement, les Africains à renforcer leur collaboration avec la Russie pour mettre fin à l’impérialisme. Pourquoi dis-je cela ? Ceux qui ont contribué à l’émergence du terrorisme en Afrique sont les mêmes qui combattent aujourd’hui la Russie. Ils disent vouloir la Russie sans les Russes, comme ils l’ont fait en exterminant les Amérindiens pour s’approprier leurs terres, qui sont devenues les États-Unis. Ces mêmes forces souhaitent désormais éliminer les Russes pour s’emparer de leurs ressources, car la Russie est un pays extrêmement riche, avec du gaz, du pétrole, de l’uranium et bien d’autres richesses, notamment en Sibérie. Pendant longtemps, la Russie est conservée, fermée sur elle-même, et les Africains ne connaissent pas bien son histoire, tout comme les Russes ignorent souvent l’histoire des Africains. Cela est dû à des intermédiaires mal intentionnés qui ont déformé la réalité. Ils ont propagé des contre-vérités des deux côtés, créant une incompréhension mutuelle. Je pense qu’il est temps de lever ce voile d’ignorance et de reconnaître que la Russie et l’Afrique partagent un ennemi commun. Si nous avons un ennemi commun, il est impératif de nous unir pour le combattre.
Ceux qui ont contribué à l’émergence du terrorisme en Afrique
sont les mêmes qui combattent aujourd’hui la Russie.
Justement, Monsieur Poodassé, certains citoyens du Burkina Faso estiment que passer d’un partenaire occidental à un autre revient à faire un saut d’un lit à un autre, comme on dit dans le jargon africain : « c’est comme dormir à même le sol ».
Non, il ne s’agit pas de quitter un partenaire, car la France n’était pas un partenaire. Non, non, non ! La France était un bourreau. C’est comme échapper au joug d’un bourreau pour se rapprocher d’un ami. Les Russes, eux, sont nos amis, nos frères, alors que la France était notre bourreau. Ce n’est donc pas la même chose. Il est essentiel que chacun comprenne cette distinction : la France était notre oppresseur, et nous avons brisé ce joug pour nous unir à un véritable allié. La manière dont un ami te traite est bien différente de celle d’un bourreau. Il faut que les gens comprennent cette nuance. Pour ma part, j’ai passé dix jours en Russie sans jamais être inquiété. Je n’ai subi aucune insulte, bien au contraire. Lorsque nous entrions quelque part, les Russes étaient fiers de nous voir. La Russie est un pays immense, avec des villages qui ressemblent à des villes. Il y a même des endroits où certaines personnes n’ont jamais vu un Noir. Quand ils nous aperçoivent, ils nous suivent, comme on le ferait dans un village africain en voyant un Blanc pour la première fois. Là-bas, c’est la même chose : on devient une curiosité admirée. Personnellement, j’ai ressenti une chaleur humaine comparable à celle que l’on trouve en Afrique. Je n’ai pas vécu les expériences négatives dont certaines parlent. Pas une seule fois je n’ai été menacé ou malmené par la police. Non, non, non ! Au contraire, j’ai même circulé parfois sans passeport, malgré les avertissements. Je n’ai jamais eu de problèmes. Vous avez peut-être vu la vidéo que j’ai faite sur la Place Rouge, devant le Kremlin. Lors de mon deuxième passage, j’ai pris une photo près de la statue de Vladimir, le premier empereur à avoir introduit la religion chrétienne en Russie. Je n’ai pas été dérangé, même si des gardes présidentiels étaient partout. Au contraire, certains d’entre eux, en voyant que je portais le drapeau burkinabè, ont pris des photos avec moi et ont immortalisé ce moment. Comment comprendre cela ? Les Russes sont ici pour coopérer, et c’est essentiel pour notre émancipation. Ceux qui s’opposent à cette alliance sont les mêmes qui ont toujours rêvé d’une Afrique sans les Africains, un paradis terrestre pour l’homme blanc. Mon expérience sur le terrain m’a permis de comprendre cela, et j’espère que mes frères africains en prendront également conscience. Il est temps pour nous de travailler ensemble avec la Russie. J’invite le Burkina Faso à se mobiliser massivement pour que, dès avril et mai 2025, nous puissions établir un partenariat solide. En retour, nous accueillerons aussi nos amis russes ici. Tant que nous ne nous ouvrons pas à eux, ils ne viendront pas vers nous. Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de ce partenariat. Certes, la Russie a besoin de nous, mais nous avons encore plus besoin d’elle. La Russie est un pays riche : pétrole, uranium, gaz, blé, engrais… Elle approvisionne presque toute l’Europe. En revanche, nous avons aussi des ressources à offrir et à exporter. De plus, nous pouvons bénéficier du transfert de technologies. La Russie est en avance dans de nombreux domaines technologiques. Nous devons apprendre d’elle et intégrer ces technologies chez nous. Nous sommes sur la voie de l’évolution, mais il faut savoir à qui s’associer. Des puissances comme l’Iran, la Corée du Nord ou la Chine sont devenues fortes grâce à la Russie. Pourquoi ne pas nous en inspirer et collaborer avec elle pour nous renforcer à notre tournée ? La Russie ne cherche qu’à nous aider à devenir plus puissant. Sans elle, des nations comme la Corée du Nord ou l’Iran ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Alors, il est temps de comprendre que la Russie n’est pas un ennemi. Celui qui prétend le contraire est un ennemi de l’Afrique, du Burkina Faso et de notre avenir.
Avant votre voyage en Russie, vous étiez à Bamako, où vous avez célébré le premier anniversaire de l’alliance. Que retenez-vous de ce voyage du côté de la « ville aux Trois caïmans » ?
Le 16 septembre 2024, une cérémonie a marqué l’officialisation de la CP-AES, ou Confédération des Peuples de l’Alliance des États du Sahel. En tant que responsable de la communication au Burkina Faso, je tiens à souligner l’importance de cette initiative. L’AES, si elle n’avait pas été créée, aurait dû l’être, car l’échec de la CEDEAO est une réalité à laquelle nous devons faire face. Pourquoi cet échec ? Parce qu’il n’existe pas de CEDEAO des Peuples. Nous avons une CEDEAO des chefs d’État, mais la voix du peuple y est souvent absente. L’AES a été fondée par des chefs d’État, mais pour que la Confédération des Peuples ait un impact significatif, il est impératif que les citoyens se regroupent et transcendent les frontières. Si nous restons divisés, nous finirons par avoir une AES qui ne représente que des bureaux et des dirigeants. Les chefs d’État affirment vouloir que le peuple soit leur boussole, comme l’a si bien exprimé son excellent capitaine, Ibrahim Traoré. Cependant, si le peuple ne s’organise pas, s’il ne s’unit pas pour devenir cette boussole, la qualité de notre gouvernance en souffrira inévitablement. En effet, on dit que chaque peuple reflète l’image de ses dirigeants. C’est pourquoi, en tant que citoyens, nous devons prendre notre place dans cette dynamique. Les mouvements panafricains et les associations patriotes du Niger, du Burkina et du Mali sont unis pour l’ancien PC, afin de soutenir nos trois dirigeants dans la réalisation de la vision populaire. En tant que citoyen de l’AES, je souhaite faire entendre ma voix. Si j’ai un message à transmettre à nos dirigeants, je peux m’adresser à la CP, qui servira de canal pour acheminer mes propositions et préoccupations à ceux qui en ont le pouvoir. Il est crucial de créer un espace où nous pouvons être une force de protection pour nos dirigeants, leur apporter des idées éclairées et même servir de rempart dans les choix qu’ils font. La direction qu’ils prennent doit être orientée vers l’intérêt du peuple, car si les peuples burkinabè, malien et nigérien parlaient d’une seule voix, l’impérialisme ne pourrait plus exercer son emprise sur nous. C’est pourquoi l’organisation du peuple est essentielle. Comme l’a dit Thomas Sankara : « Quand le peuple se met débout, l’impérialisme tremble. » Une jeunesse mobilisée et un peuple uni sont plus puissants qu’une bombe atomique. Voilà ce que je voulais partager sur la CP-AES.
Quel bilan tirez-vous de la mise en place de l’alliance entre ces trois pays ? Etes-vous aujourd’hui satisfait de la coopération militaire qui s’est établie entre ces nations ?
Sans la coopération des trois pays, je ne pense pas que Kidal aurait été libéré. De même, sans cette collaboration, Djibo aurait également pu être en danger. Je pourrais citer de nombreux exemples, mais je vais me concentrer sur ces deux-là. En effet, lorsque Djibo était sous une pluie de feu, nos drones sont intervenus. Cependant, les terroristes étaient bien préparés, équipés d’armes lourdes et en grand nombre. Nous avons bénéficié du soutien du Mali. Lorsque le Mali devait reprendre Kidal, il a reçu l’appui du Niger et du Burkina Faso. De plus, lors de l’attaque de Tenzawaten en juillet 2024, nous avons constaté l’intervention du Burkina pour aider les Maliens à reprendre cette localité. Cela démontre que, sur le plan militaire, les états-majors sont presque prêts, avec des avancées significatives, notamment en ce qui concerne la création d’un commandement unique. Cette évolution est cruciale, car elle renforcera notre efficacité sur le terrain. Il est impératif que le peuple s’implique rapidement. Certains discours visant à déstabiliser notre pays ont fuité, et on peut y entendre des voix appelant à tout faire pour empêcher la mise en place des forces spéciales de l’AES. Lorsque cette unité sera opérationnelle, elle marquera un tournant décisif. La collaboration entre nos armées progresse. Sur le plan diplomatique et au sein des autorités, nous observons également de notables avancés. Comme l’a dit Thomas Sankara, « la vraie révolution, c’est qu’on ne peut pas avancer d’un pas sans le peuple ». Il est donc essentiel que nous agissions ensemble, en unissant les efforts du peuple et des dirigeants. C’est l’objectif de la création du CP-AES. Cette initiative n’est pas exclusive ; elle est ouverte à tous. Tous les Burkinabè, Nigériens et Maliens sont invités à adhérer, sans exception.
Monsieur Poodassé, malgré la mise en place de cette alliance axée principalement sur le terrain militaire, nous constatons encore des attaques terroristes dans ces pays. Ne pensez-vous pas qu’il y a un problème dans l’organisation ou que les mesures prises ne sont pas adaptées ?
Non, ce n’est pas cela. Ce que je tiens à dire, c’est que lorsqu’on est atteint d’une maladie cancéreuse, qui est véritablement une maladie dévastatrice, la guérison ne se produit pas du jour au lendemain. Vous pouvez avoir entre vos mains le traitement approprié, mais la guérison s’opère progressivement. Étant donné qu’il s’agit d’une maladie grave, il est illusoire de penser qu’elle peut être résolue instantanément, simplement parce qu’on a le bon médicament. Même si l’on découvre le remède idéal, il faut du temps pour que la maladie se résorbe, lentement mais sûrement, jusqu’à ce qu’elle disparaisse complètement. Cela nécessite un peu de patience, et bientôt, nous serons totalement libérés. Par ailleurs, vous avez évoqué le CP-AES, qui a été lancé le 16 septembre à Bamako, un mouvement important qui unit les peuples de ces trois pays.
Que doit-on attendre, justement, de la CP-AES?
Les gens doivent savoir que le CP-AES, ce n’est pas simplement une distribution de bonbons. Comme le dit un adage : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Le CP-AES représente l’Union des Confédérations des Peuples. Que vous soyez Malien, Burkinabè ou Nigérien, vous en faites partie. Ensemble, la question à se poser est : que pouvons-nous faire pour libérer notre territoire, qui est déjà sur la bonne voie grâce à la vision de nos trois présidents ? Chaque Burkinabè, Nigérien, Malien, et tout « AESien » doit se demander : comment pouvons-nous soutenir cette initiative, accompagner nos dirigeants et contribuer à la libération de nos pays ? C’est notre priorité. Ensuite, réfléchissons à ce que nous pouvons accomplir collectivement pour développer notre sous-région, notre espace AES. Il est crucial de travailler à l’intégration de nos peuples et de briser les barrières ethnicistes, régionalistes et tribalistes, ainsi que les frontières artificielles imposées par des puissances extérieures. L’objectif de l’AES est d’atteindre l’unité africaine, une vision que j’ai toujours défendue. C’est cette dynamique que nous poursuivons. L’ambition est de passer de la Confédération à la Fédération.
Est-ce que ce n’est pas une organisation de trop, la CP-AES ?
La CP-AES n’est pas une organisation de trop. Comme j’aime souvent à le dire : désunis, nous sommes faibles ; unis, nous sommes forts. La CP-AES, c’est le peuple. Que vous fassiez partie d’une association ou d’un groupe, tout le monde est inclus. Ce n’est donc pas une organisation superflue. Par exemple, lorsqu’on considère des mouvements comme la Planète des Jeunes Panafricanistes (PJP), celui-ci est spécifiquement dédié à la jeunesse. De même, il existe des mouvements pour les femmes, pour les personnes handicapées ou malvoyantes, chacune ayant un objectif particulier. Cependant, le CP-AES réunit tout ce monde. Que vous soyez militaire, civil, jeune, femme, handicapé ou vulnérable, la CP-AES vous intègre. Elle a pour vocation de rassembler toutes les catégories de personnes, afin de renforcer l’unité véritable. Il n’y a pas de CP-AES pour les femmes, pour les jeunes, ou pour un autre groupe spécifique. La CP-AES concerne le peuple, au sens large. Quand on parle du peuple, on englobe tout le monde : les personnes âgées, les jeunes, les femmes, les enfants, sans exception. C’est donc loin d’être une solution de trop. A mon sens, si la CP-AES n’avait pas été créée, il aurait fallu la concevoir. Elle est née pour rassembler et nous rendre plus forts en tant qu’unité. Car, plus nous sommes dispersés à travers divers mouvements et sous-groupes, plus nous sommes affaiblis. Mais plus nous formons un bloc uni, plus nous sommes puissants.
Qu’en est-il alors de la collaboration avec ces sous-groupes ? Est-ce que l’idéal de la CP-AES est bien accepté ?
Oui, cet idéal est largement partagé. Au Burkina Faso, nous avons rassemblé une foule importante. Le Niger est également mobilisé en grand nombre. Et vous avez vu l’affluence massive à Bamako lors du lancement officiel du CP-AES. Ce n’était pas un simple événement, c’était un mouvement puissant. Une fois de retour, nous avons posé des actions concrètes. Par exemple, la CP-AES a dépêché des avocats à Lomé pour exiger l’extradition de l’ex-président Damiba. Nous œuvrons donc réellement pour défendre les intérêts du peuple. Là où l’intérêt du peuple n’est pas protégé, nous n’intervenons pas. Notre mission est de défendre le peuple, de protéger nos chefs d’Etat et les populations. Dans le cas de Damiba, nous savons que les actions qu’il a entreprises, s’il a causé des délits, risquent de déstabiliser l’AES. Et qui en paie les conséquences ? C’est le peuple. C’est pourquoi le peuple doit se mobiliser pour exiger son extradition, et c’est ce que nous avons fait. Nous sommes les porte-paroles du peuple et les défenseurs de ses intérêts. La CP-AES est là pour protéger le peuple de l’AES.
Comment se passent vos collaborations avec les autorités ?
Nos collaborations avec les autorités se déroulent sans aucun problème. Il en est de même avec les autres structures. Ce que nous faisons, nous nous contrôlons de ne rien entreprendre qui puisse nuire à nos autorités actuelles, car elles sont engagées dans une bonne dynamique. Notre rôle est de les soutenir et de protéger le peuple. Ceux qui tentent de déstabiliser ces autorités visent en réalité à porter atteinte à l’intérêt du peuple, et nous nous dresserons fermement contre eux. C’est clair. Comme l’a dit le Capitaine Ibrahim Traoré, « Je ferai du peuple ma boussole ». Nous avons des propositions à faire, mais il ne s’agit pas de critiquer exclusivement sur les réseaux sociaux. Il existe des canaux appropriés pour transmettre nos idées. Le Président a affirmé que le cabinet de la présidence est ouvert à toute proposition. Si vous avez des idées ou des suggestions, il suffit de les soumettre par écrit. Le CP-AES, par exemple, permet au peuple de l’AES de rédiger des propositions et de nous les envoyer. En tant que chargé de communication, je m’occupe de les transmettre à la coordination, qui à son tour les fera suivre au cabinet du Président. Ainsi, nous veillons à ce que les volontés du peuple soient prises en compte. Il n’est plus nécessaire de se quereller ou de se battre sur les réseaux sociaux. Nous sommes ici pour travailler et contribuer au bien-être commun.
Nestor Poodassé, un commentaire sur l’élévation en grade des officiers maliens avec, comme chef de file, le président Assami Goita. Comment est-ce que vous analysez cette situation ? Comment est-ce que vous l’appréciez ?
Je pense que c’est une excellente décision. En Afrique, le système français a, hélas, laissé certains avec des complexes. Cela se manifeste souvent dans les discussions, car certains, en raison de leurs grades, estiment qu’un officier subalterne ne peut pas leur donner des ordres. Pourtant, ce même officier subalterne peut avoir les compétences et le mérite pour diriger. Prenons l’exemple de Ladji Yôrô. Certes, il n’a pas suivi les études classiques. Mais quand on voit le travail qu’il a accompli, il méritait le grade d’officier, voire d’officier supérieur. Cependant, parce qu’il n’a pas fréquenté l’école « du blanc », comme on dit, et n’a pas fait l’école des officiers ou le PMK, il est resté simple VDP. Il s’est battu avec courage, jusqu’à donner sa vie en héros. C’est pourquoi je soutiens pleinement la promotion des onze colonels au grade de général, qu’il s’agisse de général d’armée ou de général de division. Par la même occasion, au nom du CP-AES, j’exige que le capitaine Ibrahim Traoré soit également promu général de corps d’armée, à titre exceptionnel. Il est important de préciser que cette demande est exceptionnelle. Nous avons des généraux cinq étoiles, trois étoiles, confortablement installés dans leurs bureaux climatisés, tandis que le peuple mourait. Ils n’ont pas pris les risques nécessaires pour le sauver. Il a fallu qu’un capitaine, venant de Kaya, prenne ses responsabilités pour nous mener là où nous sommes aujourd’hui : au sommet du monde, respectés et en train de retrouver notre dignité. Alors, il est inutile de se réfugier derrière des discours en français sophistiqué, affirmant qu’on ne peut pas sauter du grade de capitaine à celui de général. Si les généraux en place n’ont pas agi, alors qu’un capitaine l’a fait, cela prouve qu’il est plus méritant qu’eux, même s’ils portent les galons de général. En toute logique, on pourrait même le nommer maréchal. Ainsi, je pense qu’il est temps de promouvoir le général Abdrahmane Tiani au rang de maréchal ou de général de corps d’armée. De la même manière, le capitaine Ibrahim Traoré doit également être promu général de corps d’armée, toujours à titre exceptionnel.
Est-ce que vous avez quelque chose à ajouter pour clore cette entrée ?
Ce que je peux dire, c’est d’interpeller une fois de plus le peuple burkinabè à se mobiliser, à soutenir nos autorités et à continuer à sensibiliser ceux qui ne comprennent pas encore. J’invite les chefs de terre, les Naba, dans tout le Burkina Faso, à l’exemple du chef de canton de Goaua à prendre des engagements fermes selon nos coutumes. Le chef de canton a affirmé qu’en tant que fils de la communauté Lobbi, aucun d’eux ne collabore avec les terroristes aujourd’hui au Burkina Faso. Si tu collabores tout en profitant des ressources de ce pays, tu mourrais. Il a exploité le nom d’un fétiche, Kosiami, qui est lié à l’eau, signifiant que si tu bois l’eau du Burkina Faso et collabore avec les terroristes, tu es condamné à mourir. C’est inéluctable. Après cette déclaration, le lendemain, un enseignant Lobi de la région du Centre-Nord, qui était informateur des terroristes, a perdu la raison. Il a commencé à tenir de propositions incohérentes et a été renvoyé dans son village. S’il ne respecte pas les interdits, il mourra, sans échappatoire. Je pense que tous les chefs coutumiers du Burkina Faso peuvent suivre cette voie. Dans chaque région, dans chaque village, je les encourage à agir de la sorte. Ceci est un appel sincère. Je ne leur impose rien, mais je leur demande de le faire. Et si cela est accompli, je crois que nous verrons la libération de notre pays très rapidement. Personne ne pourra défier ce que le chef a décrété sans en subir les conséquences. Nous sommes en Afrique, et il ne faut pas prendre cela à la légère. Ce sont des choses sérieuses, qui ne tolèrent aucune plaisanterie.

