Ibrahim Cissé : « La terre qui me nourrit, c’est celle à laquelle j’appartiens »

Ibrahim Cissé : « La terre qui me nourrit, c’est celle à laquelle j’appartiens »

Coiffeur professionnel à Paris, ancien footballeur, promoteur de festivals et désormais égérie de la marque Be Free, Ibrahim Cissé incarne la polyvalence et la détermination. Entre les salons, les terrains de football et les podiums, il partage son parcours atypique, son engagement pour la valorisation des métiers manuels et son attachement à l’Afrique, notamment au Burkina Faso, où il rêve d’organiser un festival de coiffure à portée éducative.

Présentez-vous  à nos lecteurs

Je suis Ibrahim Cissé, coiffeur professionnel à Paris, promoteur de festivals en Côte d’Ivoire. J’ai organisé trois éditions de festivals dédiés à la coiffure et à l’artisanat. Aujourd’hui, une nouvelle corde s’ajoute à mon arc : je suis égérie pour ne pas dire mannequin de la marque Be Free.

Depuis combien de temps exercez-vous ce métier de coiffeur ?

Professionnellement, depuis 2017. Mais j’ai commencé bien avant, sauf que ce n’était pas encore dans un cadre professionnel. Aujourd’hui, on parle de coiffeur professionnel, ce qui est différent du simple fait de savoir coiffer.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir coiffeur ?

Ce n’était pas prévu. À la base, je coiffais sans penser en faire un métier. J’avais même rejeté l’idée d’en faire une profession. Mais un jour, par hasard, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a fait entrer dans un concept barbershop. Et là, c’était une ambiance complètement différente de celle des salons de coiffure classiques, souvent féminins. Dans ce barbershop, il y avait une autre énergie, une véritable compétition : 4 postes pour 6 coiffeurs. Il fallait être dynamique pour s’imposer. C’est cette compétition qui m’a accroché. C’est à ce moment-là que je me suis reconnu comme coiffeur. Avant cela, j’avais testé d’autres métiers.

Formation professionnelle ou autodidacte ?

Autodidacte.

Vous coiffez aujourd’hui des footballeurs professionnels, notamment les Étalons du Burkina Faso. Comment cela a-t-il commencé ?

J’ai aussi une formation de footballeur. Je viens de l’académie Ivoire S-Académie. J’ai tenté une carrière en Europe, et j’ai eu la chance de jouer dans un club professionnel en Hongrie. Même si ça n’a pas duré, j’ai gardé ce lien avec le monde du football. Par l’intermédiaire de Checkier Photo à Paris, j’ai eu l’occasion d’aller coiffer les Étalons pour la première fois au Maroc. Une connexion s’est établie au-delà de la coiffure : on parlait aussi de football. Je pense que ce lien, cette attention que je leur porte, a joué en ma faveur. Certains me considèrent même comme un grand frère. Je joue un rôle moral aussi dans la sélection.

Quel a été le premier joueur professionnel que vous avez coiffé ?

Harouna Koné, un ancien international ivoirien de la génération de Didier Drogba.

Les joueurs viennent-ils naturellement à vous ou est-ce vous qui allez vers eux ?

C’est mon nom qui m’a précédé. Je m’étais déjà fait un nom avant d’entrer en sélection. Je coiffe aussi des artistes. Je n’attends pas d’aller vers eux, je crée un univers qui les attire vers moi. J’ai un concept atypique, une identité forte, et les gens viennent à moi pour découvrir ce que je fais.

Pensez-vous que votre travail contribue à renforcer la confiance des joueurs sur le terrain ?

Oui. Les footballeurs sont des artistes. Ils ont une image à maintenir, une fanbase à séduire. Leur apparence compte, tout comme leur état d’esprit. Et le coiffeur joue un rôle psychologique important. Certains voyagent même avec leur coiffeur. Ils ont besoin de se sentir en confiance. Pour faire partie de leur univers privé, il faut qu’ils aient confiance en toi.

Avez-vous créé une coupe qui a fait le tour du monde ?

Oui. Ma marque de vêtements Atypique vient d’une coupe de cheveux que j’ai moi-même créée. Elle m’a inspiré le logo de la marque. Atypique circule aujourd’hui entre l’Europe et l’Afrique. Chaque coupe a son histoire, donc je ne peux pas en désigner une seule.

Vous êtes aussi promoteur de festivals ?

Oui. Mon père était instituteur et m’a transmis l’amour de la transmission. Mon objectif est de valoriser les métiers manuels comme la coiffure, la couture, souvent perçus comme des voies d’échec. À travers ce festival, je veux éveiller la jeunesse et leur offrir une seconde chance.

Vous êtes à quelle édition ?

À la troisième. J’envisage une édition à Ouagadougou. Je suis panafricaniste avant d’être Ivoirien. Cette année, j’ai fait une pause à cause de l’événement de Be Free et d’un calendrier très chargé. Je prévois une reprise en 2026. Les choses évoluent, la coiffure a changé de visage et commence à être valorisée.

Comment vivez-vous ce mélange culturel entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ?

Je laisse la politique aux politiciens. Moi, je suis bien accueilli au Burkina Faso. Je vais là où mon métier m’envoie. Je dis souvent que je n’appartiens qu’à la terre qui me nourrit. Je me sens utile ici, et je profite de chaque instant.

Avez-vous des liens particuliers avec certains joueurs ?

C’est une question de feeling. Certains viennent spontanément vers moi. J’ai des coups de cœur comme Sacha Banssé, Mohamed Konaté, Steve Yago et Ibrahim Blati Touré. Le plus proche de moi est Sacha Banssé.

Êtes-vous payé au cachet ou par contrat ?

Je suis conscient de la chance que j’ai. Parfois, je ne demande même pas de rémunération. Quand un match est perdu, on ne va pas réclamer son argent. Et quand ils paient, ils le font généreusement. Je veux juste être utile, ne pas déranger. Le bilan est toujours positif.

Quel est votre plus gros cachet ?

Ce n’était pas un cachet à proprement parler, mais j’ai déjà reçu 1 000 euros. Un geste honorable.

Comment êtes-vous devenu mannequin ?

J’ai un concept fort. Je suis déjà mannequin dans mon salon. J’aime les tenues écossaises, les habits traditionnels. Cela attire le regard. Avec Be Free, nous avons trouvé une belle connexion. Lors de son événement, j’ai coiffé tous les mannequins présents. Il m’a proposé de devenir l’égérie de la marque. Ce fut une première, et je l’en remercie.

Comment gérez-vous toutes vos activités ?

Avec de la passion. Quand on aime ce qu’on fait, tout devient fluide. Il y a aussi une dimension spirituelle dans ce que je fais. C’est divin.

Des projets ?

À court terme, retourner en sélection après l’échec de 2024. J’aimerais aussi organiser un festival de coiffure à Ouaga, qui soit à la fois pédagogique et éducatif. Mais pour cela, il nous faut des soutiens, des sponsors.

Y a-t-il un joueur que vous rêvez de coiffer ?

Oui, je rêve un jour d’être le coiffeur personnel d’une grande célébrité, qu’elle soit politique ou sportive. Et pourquoi pas coiffer le président de la République ? Ce serait une manière de prouver que tout est possible, même en venant de la coiffure.

Quelle est la place du coiffeur dans l’univers du football ?

Elle est essentielle, comme dans la vie quotidienne. Le coiffeur joue un rôle dans le bien-être, la confiance en soi. C’est presque un médecin psychologique. Il écoute, il conseille. Il doit se rendre compte de sa valeur.

Un message à la jeunesse burkinabè ?

Formez-vous. Il ne faut pas rêver sans préparation. Choisissez un métier et apprenez-le avec des professionnels. Moi, je suis autodidacte, j’avais un bon niveau scolaire et j’ai voyagé, mais tout le monde n’a pas le même parcours. Rêver, c’est bien. Se préparer, c’est mieux. La vie est juste : chacun récolte ce qu’il sème.

Un dernier mot ?

Je veux dire aux jeunes Africains que l’Europe n’est pas synonyme de bonheur. Le bonheur peut commencer là où on est nés. Le Burkina m’a ouvert des portes. J’ai échoué, j’ai pleuré, mais je n’ai jamais abandonné. Et aujourd’hui, je rends grâce à Dieu.

Vox Sahel

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