Valentin Gueswendyam Waongo : « Le digital n’est plus une option, c’est un impératif pour les entreprises »
Ancien électricien de formation devenu entrepreneur du numérique, le consultant formateur et Digital Business Developer à la tête de l’agence Valo Digital raconte son parcours atypique. Entre e-commerce, media buying et formation aux métiers du digital, Valentin Gueswendyam Waongo partage sa vision d’un secteur désormais incontournable pour les jeunes, les entreprises et même l’administration publique au Burkina Faso.

Présentez-vous à lecteurs
Je suis Valentin Gueswendyam Waongo, consultant et formateur aux métiers du digital, digital business développeur digital et manager de l’agence Valo Digital, qui évolue dans le marketing et la publicité digitale. Notre travail consiste à aider les entrepreneurs locaux, les startups qui souhaitent digitaliser leur présence en ligne, à communiquer, à mettre en place des stratégies pour acquérir des clients et, pourquoi pas, générer du chiffre d’affaires. Depuis trois ans, l’agence existe et nous avons déjà accompagné pas mal d’entrepreneurs. Nous faisons aussi de la formation. À ce jour, nous avons formé plus de 700 personnes aux métiers du digital, à la vente en ligne, à l’e-commerce, à la publicité Facebook. Et régulièrement, chaque mois, nous organisons des séances d’accompagnements ou des formations.
Vous dites que vous êtes Digital Business Developer. Alors, concrètement, dites-nous : comment êtes-vous arrivé à vous spécialiser dans ce domaine ?
Je suis de formation électricien. Un électricien qui devient marketer digital, ça a été un vrai revirement. En 2015, des situations de la vie m’ont amené à repartir au village pour un temps, puis à revenir à Ouagadougou. Là, je me suis rendu compte que la passion pour l’électricité avait complètement disparu. J’ai donc dû enchaîner quelques petits boulots. Parallèlement, je me formais en autodidacte. C’est ainsi que j’ai découvert les métiers d’Internet. Je m’y suis plongé à fond, en commençant par le media buying, c’est-à-dire la publicité digitale en ligne, et j’ai obtenu une certification en tant que media buyer. En parallèle, je faisais de l’e-commerce. Les gens commençaient à m’approcher en me demandant : “Est-ce que vous formez ?”, “Est-ce que vous pouvez gérer ma page ?”, “Est-ce que vous pouvez m’aider à lancer mon entreprise en ligne ?” Je suis donc passé d’e-commerçant à prestataire de services. Et aujourd’hui, c’est ce qui m’a conduit à mettre en place l’agence, avec une équipe de cinq personnes : deux assistants community managers, un infographiste et une stagiaire commerciale qui vient de démarrer. Voilà un peu le parcours qui m’a conduit jusqu’ici. Et bien sûr, ce n’est pas fini : j’aspire encore à atteindre d’autres étapes. »

« Le vrai problème des réseaux sociaux, ce n’est pas “qui utilise”, mais “comment on utilise” »
Vous parlez de media buying, de e-commerce. Vous qui avez touché à toutes ces activités, quelle différence faites-vous entre l’achat direct, l’achat digital et l’achat programmatique ?
L’achat direct, c’est comme aller au marché et acheter son produit. L’achat en ligne, c’est différent. Le digital a tout révolutionné. Aujourd’hui, même les commerçants du grand marché s’y sont mis. Il existe plusieurs plateformes pour se faire connaître. Il y a, entre autres, les marketplaces (Jumia, Afrimarket, etc.) où chacun peut mettre ses produits et recevoir des commandes, les sites e-commerce personnels, où l’on vend directement ses produits avec ou sans livraison et les réseaux sociaux, qui permettent de communiquer et de vendre en direct. Voici-ci les différents outils que le digital met à disposition pour développer un business.
Quel est l’impact du digital sur le quotidien des citoyens aujourd’hui, selon vous ?
Le digital a changé et continue de changer des vies. Avant, c’était surtout l’État qui recrutait les jeunes. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes vivent à plein temps grâce au digital. Le digital n’exclut personne. Si vous savez chercher la bonne information et que vous êtes assidu, en un mois déjà vous pouvez commencer à stabiliser votre vie grâce à lui. Des milliers de familles vivent grâce aux plateformes comme Facebook, qui est mon domaine de prédilection. À titre d’exemple : le jour où Facebook a eu une panne mondiale, mon téléphone a failli exploser d’appels. Beaucoup d’entrepreneurs dépendent entièrement du digital pour leur business. »
« Les réseaux sociaux doivent être utilisés pour éduquer, inspirer ou générer des revenus »
Quelle place doit occuper le digital dans une entreprise, qu’elle soit naissante ou ancienne ? Est-ce un impératif ?
Oui, c’est un impératif. Le digital permet de se positionner rapidement et de se faire connaître. Prenons l’exemple des entreprises locales que nous accompagnons : lorsqu’elles lancent un produit, elles se contentent souvent d’envoyer quelques commerciaux dans les quartiers. Mais ce travail est rarement mesurable. Nous, avec les outils digitaux, nous mettons en place un plan de trois mois : création de contenu, publicité payante, tests du marché et ajustements. Les résultats sont rapides et mesurables bon ou pas satisfaisants. Aujourd’hui, la télévision et la radio sont beaucoup moins suivies. Les gens allument la télé ou la radio mais passent tout leur temps sur leur téléphone. Voilà pourquoi le digital est incontournable pour les entreprises.

Le digital fait-il partie des curricula de formation professionnelle au Burkina Faso ?
Oui, de plus en plus d’écoles professionnelles l’intègrent. Pour les universités et les écoles publiques, je ne peux pas l’affirmer avec certitude. Mais je sais que c’est devenu indispensable. Beaucoup d’étudiants en communication viennent faire un stage chez moi. Pourquoi ? Parce que lorsqu’ils postulent, la première question qu’on leur pose est : “Avez-vous des compétences en communication digitale ?” Je me souviens d’une directrice commerciale d’une grande boîte de communication que j’ai formée. Sa belle-sœur, diplômée en communication mais sans compétences digitales, peinait à trouver un emploi. Elle l’a donc orientée vers moi. Je les ai formées toutes les deux et, un mois après, la belle-sœur avait été recrutée pour gérer la communication digitale d’une grande société immobilière étatique. Cela montre bien que le digital est aujourd’hui incontournable.
« Les réseaux sociaux sont très utile pour diffuser rapidement des informations et interagir, mais il faut rester prudent »
Est-ce que ce métier nourrit son homme ?
Oui, à 100%. Je vis uniquement du digital. Mes collaborateurs aussi. Certains de nos apprenants font en une semaine ou un mois des chiffres d’affaires qu’ils n’avaient jamais atteints auparavant. C’est la preuve que ce métier nourrit son homme.
Comment garantissez-vous la transparence des données et des investissements ?
Dans notre travail, nous n’avons pas besoin de beaucoup d’informations confidentielles. Notre rôle est surtout de mettre en lumière ce qui existe déjà. Nous garantissons la confidentialité de chaque client et travaillons dans la transparence. Si un client vient avec des objectifs irréalistes, je préfère être honnête et lui dire que je ne peux pas l’aider. Nous fonctionnons sur des collaborations de trois mois, avec évaluation et ajustements. L’honnêteté et la sincérité sont au cœur de notre démarche.
Quelle est votre lecture sur le respect de la vie privée des utilisateurs ?
Chaque plateforme (Facebook, TikTok, etc.) a ses propres règles communautaires et publicitaires. Si vous ne les respectez pas, vous êtes sanctionné : restrictions temporaires, désactivation de compte ou même bannissement définitif. C’est pour cela qu’il faut connaître et respecter ces règles.

Selon vous, qui peut utiliser les réseaux sociaux et comment doit-on les utiliser ?
Toute personne dotée de conscience peut les utiliser, mais chaque réseau fixe un âge minimum (souvent 18 ans au Burkina Faso). Le vrai problème, ce n’est pas “qui utilise”, mais “comment on utilise”. Il y a deux profils dont les simples utilisateurs, qui s’en servent pour se divertir ou s’informer et les annonceurs, qui viennent y chercher de la visibilité et de l’argent. Tout dépend donc de votre approche : êtes-vous simple consommateur ou acteur qui apporte de la valeur ? Pour moi, les réseaux doivent être utilisés pour éduquer, inspirer ou générer des revenus.
Que pensez-vous des restrictions d’accès aux réseaux sociaux dans certains pays ?
Cela relève des choix politiques. Par exemple, la Chine a créé ses propres réseaux sociaux afin de contrôler le type de contenus que ses citoyens consomment. Chez nous, nous n’avons pas ce pouvoir car nous n’avons pas encore créé nos propres plateformes d’envergure. Donc oui, les restrictions existent, mais elles dépendent de la vision des dirigeants.

Le gouvernement doit-il contrôler les réseaux sociaux ?
Dire “contrôler” est un grand mot. Car Facebook, TikTok ou Twitter n’appartiennent pas à l’État. L’État peut surveiller et poser un cadre légal, mais il ne peut pas tout contrôler. Au Burkina Faso par exemple, une loi récente considère qu’une personne ayant 5 000 abonnés est déjà un média. Cela implique des responsabilités et une surveillance accrue.
Qu’en est-il de l’utilisation des réseaux sociaux dans l’administration publique ou privée ?
C’est très utile pour diffuser rapidement des informations et interagir. Mais il faut rester prudent : certaines données confidentielles ne doivent pas circuler sur WhatsApp, Telegram ou Messenger, car elles peuvent être facilement piratées ou transférées. Pour la communication générale ou organisationnelle, les réseaux sociaux sont excellents. Mais pour des documents sensibles, il faut utiliser des canaux sécurisés et traçables.
Par Vox Sahel

