Nationalisation de la SOFITEX : Le pari de la rupture face au défi de la transparence
Reprendre le contrôle total de la SOFITEX est un acte fort. Le Burkina Faso n’a pas perdu sa place dans le coton par hasard. Derrière la baisse de performance se cachent des problèmes bien connus que sont la gestion approximative, les lourdeurs administratives, le manque d’anticipation, et surtout une défiance grandissante alimentée par des soupçons récurrents de mauvaise gouvernance. Dans ces conditions, changer le statut de la SOFITEX sans transformer les pratiques reviendrait à déplacer le problème sans le résoudre.
La décision des autorités, portée par le capitaine Ibrahim Traoré, s’inscrit dans une logique de reconquête économique. Elle traduit une volonté assumée de reprendre la main sur un secteur stratégique. Mais cette ambition sera jugée non pas sur l’annonce, mais sur les résultats visibles sur le terrain. Car une entreprise publique peut être un levier puissant ou un fardeau. Tout dépend de la discipline qui l’encadre. Sans mécanismes stricts de transparence, sans contrôle rigoureux et sans sanction des dérives, la nationalisation risque de raviver les critiques plutôt que de les faire taire.
L’enjeu central est là : rompre définitivement avec les pratiques qui ont entaché la crédibilité de la filière. La lutte contre la corruption, ou même contre sa simple perception, doit devenir une priorité absolue. Car dans un secteur aussi sensible, la confiance est un capital aussi important que la production elle-même. Les producteurs, premiers concernés, attendent plus que des discours. Ils veulent des prix justes, des intrants accessibles, et une gestion claire. Sans leur adhésion, aucune politique ne tiendra.
La relance du coton passera nécessairement par eux, et non uniquement par des décisions prises au sommet. De même, la modernisation de la SOFITEX ne peut être différée. Réorganisation interne, rationalisation des coûts, digitalisation des procédures, professionnalisation des cadres sont autant de chantiers indispensables pour éviter que l’entreprise ne retombe dans ses travers. La nationalisation ouvre donc une possibilité, pas une garantie.
Elle peut marquer le début d’un renouveau, comme elle peut prolonger un cycle d’inefficacité si rien ne change en profondeur. Au fond, l’attente des Burkinabè est simple : que la SOFITEX cesse d’être un sujet de polémique pour redevenir une source de fierté. Que l’on parle enfin de performance plutôt que de soupçons, de résultats plutôt que de rumeurs.
La Rédaction

