Renforcement de la coopération russo-burkinabè : Ibrahim Traoré plaide pour un transfert de connaissances à Moscou
En visite officielle en Russie à l’occasion du 80e anniversaire de la Victoire sur l’Allemagne nazie, le Président de la Transition du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a réaffirmé ce samedi la volonté de son pays de renforcer ses liens stratégiques avec Moscou, au-delà des domaines sécuritaires.
Lors de sa rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine, le chef de l’État burkinabè a clairement affiché ses ambitions : « Nous ne demandons pas de l’aide, nous demandons un transfert de connaissances », a-t-il déclaré, soulignant le besoin de son pays de s’appuyer sur l’expertise russe pour bâtir son indépendance éducative, scientifique, technologique et industrielle.
Un hub du savoir pour l’Afrique de l’Ouest
Parmi les priorités exposées, le Président Traoré a proposé la duplication d’universités russes au Burkina Faso. Objectif : faire du pays un véritable hub du savoir pour la jeunesse africaine. Il souhaite que des jeunes venus de toute l’Afrique puissent venir se former au Burkina Faso dans des filières scientifiques, techniques et industrielles, grâce à des partenariats universitaires renforcés.
La Russie semble répondre favorablement à cet appel. Vladimir Poutine a annoncé un doublement des bourses d’État accordées aux étudiants burkinabè pour l’année universitaire 2024-2025. Par ailleurs, la Maison russe à Ouagadougou, déjà active dans la promotion de la langue et de la culture russes, joue un rôle croissant dans le rapprochement entre les deux peuples.
Si la coopération militaire reste un pilier central des relations russo-burkinabè, notamment dans la lutte contre les groupes radicaux, les deux chefs d’État ont mis en avant la nécessité de diversifier leurs échanges. Vladimir Poutine a salué l’augmentation du chiffre d’affaires commercial entre les deux pays et a appelé à « renforcer davantage les liens économiques et diversifier les échanges mutuels. »
En matière humanitaire, le président russe a rappelé l’envoi de 25 000 tonnes de blé au Burkina Faso en 2024. Il a également souligné l’apport historique du Burkina dans la Seconde Guerre mondiale, rappelant que près de 30 000 soldats burkinabè ont combattu aux côtés des Alliés.
Abordant la situation sécuritaire au Burkina Faso, le capitaine Traoré a souligné que la guerre dans son pays ne se limite pas à une lutte contre le terrorisme. « C’est une guerre contre l’impérialisme qui veut s’accaparer de nos terres », a-t-il lancé, dans une critique implicite de certaines puissances étrangères présentes dans la région.
L’AES, symbole d’une souveraineté retrouvée
La visite de Traoré à Moscou s’inscrit aussi dans un contexte géopolitique plus large. Le ministre russe de la Défense a exprimé son soutien à la Confédération des États du Sahel (AES), saluant la « détermination du Burkina Faso, du Mali et du Niger à mener une politique étrangère indépendante. »
Une visite hautement symbolique
Le président Traoré a participé le 9 mai au prestigieux défilé de la Victoire sur la Place Rouge, rendant un salut militaire à Vladimir Poutine, qu’il a appelé « camarade Président » en russe, avant de lui souhaiter « bonne santé », non sans humour sur sa prononciation.
Ce déplacement marque un tournant dans la diplomatie burkinabè, qui entend désormais s’ouvrir à de nouveaux partenariats fondés sur le respect mutuel, la souveraineté et le transfert de compétences.
Par Vox Sahel

