Géopolitique : consolidation d’un partenariat militaire entre Abuja et Moscou

Géopolitique : consolidation d’un partenariat militaire entre Abuja et Moscou

–Un séisme géopolitique qui rebat les cartes en Afrique de l’Ouest

—Un tournant stratégique aux répercussions continentales

En scellant un partenariat militaire inédit avec la Russie, le Nigeria redéfinit ses alliances traditionnelles et s’affirme comme un acteur clé du basculement géopolitique en Afrique. Ce choix stratégique, motivé par la quête d’efficacité et d’autonomie sécuritaire, marque une rupture avec l’Occident et annonce l’émergence d’un nouvel axe Afro-Eurasien aux ambitions assumées.


Le Nigeria vient de prendre une décision qui pourrait bouleverser les équilibres géopolitiques en Afrique et au-delà.

En consolidant un partenariat militaire et sécuritaire avec la Russie, Abuja ne se contente pas de diversifier ses alliances : il envoie un signal fort à ses partenaires traditionnels et redéfinit sa posture stratégique dans un monde en pleine recomposition.

 

Pendant des décennies, le Nigeria a coopéré avec les États-Unis et la France pour lutter contre le terrorisme, notamment contre Boko Haram et les groupes affiliés à Al-Qaïda. Pourtant, cette alliance sécuritaire a souvent été marquée par des restrictions sur les équipements militaires, un soutien limité sur le terrain et des résultats peu concluants.

Face à cette impasse, les autorités nigérianes ont opté pour une nouvelle approche, tournée vers un acteur dont l’efficacité militaire est reconnue et qui ne conditionne pas ses partenariats à des exigences politiques contraignantes : la Russie.

La visite du lieutenant-général Andreï Averianov à Abuja marque une étape décisive dans cette coopération.

L’accord militaire conclu entre les deux pays prévoit la livraison d’armements sophistiqués, une assistance logistique renforcée, la formation des troupes nigérianes aux nouvelles stratégies anti-terroristes et le déploiement de conseillers russes sur le terrain.

Contrairement aux États-Unis et à la France, la Russie offre une coopération pragmatique et directe, avec des technologies éprouvées sur des théâtres d’opérations comme la Syrie et l’Ukraine. Ce rapprochement stratégique dépasse cependant le simple cadre militaire : il ouvre également la voie à une collaboration économique et énergétique dans des secteurs clés tels que le pétrole et le gaz, où Moscou possède une expertise reconnue.

L’entrée du Nigeria dans l’orbite russe s’inscrit dans une dynamique plus large, celle du repositionnement géopolitique de plusieurs États africains face à l’Occident.

Ce réalignement stratégique résonne fortement avec la Confédération des États du Sahel, qui regroupe le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Ces nations ont déjà consolidé des liens avec Moscou, notamment dans le domaine sécuritaire et militaire, et pourraient désormais voir leur coopération renforcée par l’intégration d’un acteur régional puissant comme le Nigeria.

Cette évolution pourrait modifier en profondeur les équilibres de la région. L’Afrique de l’Ouest pourrait voir émerger un axe Afro-Eurasien structuré autour de la Russie, redéfinissant les rapports de force avec l’Occident, dont l’influence s’effrite progressivement.

Le retrait des forces américaines du Sahel et le repli de la France dans certaines zones traduisent déjà cette reconfiguration, où les États africains cherchent à renforcer leur souveraineté et à diversifier leurs alliances.

Ce partenariat suscite néanmoins des interrogations. Certains observateurs redoutent une montée des tensions avec l’Occident et s’inquiètent de l’usage futur des armes russes. Les craintes d’un éventuel détournement de matériel militaire ne sont pas infondées, notamment dans un contexte régional marqué par des conflits internes et des rivalités stratégiques.

Consciente de ces risques, la Russie a pris plusieurs mesures pour limiter ces dérives. Les accords bilatéraux conclus avec Abuja et Alger incluent des clauses de non-réexportation, un suivi actif des équipements et la présence de techniciens et de conseillers russes pour assurer la maintenance et le contrôle des systèmes d’armement.

Par ailleurs, Moscou ajuste ses livraisons en fonction des tensions régionales et des rapports de force, tout en garantissant à ses alliés sahéliens un accès privilégié aux équipements et aux renseignements stratégiques afin de renforcer leur position.

À ce stade, une question brûlante émerge : à quoi sert vraiment Africa Com ?

Alors que certaines organisations sécuritaires africaines prétendent coordonner la lutte contre le terrorisme et promouvoir la stabilité, leur rôle semble de plus en plus contesté. Nombre d’observateurs dénoncent leur incapacité à agir efficacement et leur alignement sur des intérêts extérieurs. Beaucoup de chefs d’États vassaux continuent de leur accorder une importance diplomatique, mais dans les faits, leur impact reste limité face aux défis sécuritaires qui frappent le continent.

Ce virage stratégique du Nigeria marque une rupture avec les schémas classiques de coopération sécuritaire en Afrique.

Il traduit une volonté assumée de contrôler sa politique de défense sans ingérences extérieures, et pourrait accélérer la transition vers une Afrique multipolaire, où les alliances sont dictées par des impératifs de souveraineté et d’intérêts stratégiques.

Le séisme géopolitique initié par Abuja n’en est qu’à ses débuts, mais ses répercussions pourraient façonner durablement le paysage sécuritaire et diplomatique de la région. 

Par Osiris

Vox Sahel

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