Plaidoirie/ Procès du juge Sidaty Yoda: « On a honte ! », Me Prosper Farama
Ce mercredi 30 avril 2025, le Tribunal de Grande Instance de Ouaga I a été le théâtre d’une plaidoirie marquante dans l’affaire de stellionat et de blanchiment de capitaux impliquant le magistrat Sidaty Yoda et ses co-prévenus. Devant une salle à moitié pleine, c’est la voix grave et déterminée de Me Prosper Farama, avocat du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC), qui a capté l’attention, imposant un silence pesant dans la salle d’audience.
Dès l’entame de sa plaidoirie, Me Farama a exprimé un profond malaise : « On a honte ! », a-t-il lancé, visiblement affecté par la gravité du dossier. Ce n’est pas tant l’affaire elle-même qui trouble l’avocat, mais le fait qu’elle implique un magistrat. « J’espérais que cette histoire soit le fruit d’une erreur, mais ce n’est pas une erreur. C’est de la pure délinquance », a-t-il déclaré sans ambages.
Selon lui, les actes reprochés à Sidaty Yoda dépassent le cadre du stellionat ou du blanchiment. « Il y a du faux dans ce dossier. Un juge qui falsifie des décisions, des documents, qui suborne des témoins… C’est un escroc, c’est du braquage judiciaire ! », s’est indigné l’avocat du REN-LAC. Dans un ton grave et accusateur, Me Farama a dénoncé l’attitude du magistrat qu’il qualifie d’arrogant, contrairement à d’autres délinquants qu’il a défendus dans sa carrière et qui faisaient preuve d’humilité.
L’avocat a également souligné l’intelligence et la responsabilité du juge Yoda dans la mise en œuvre du stratagème frauduleux, rappelant que ses co-prévenus ne savaient même pas lire. Il s’est appuyé sur les propres déclarations du magistrat, qui a reconnu avoir signé des ordonnances et des demandes de mutation. « Ces documents n’avaient pour but que de couvrir une fraude », a affirmé Me Farama.
Dans sa démonstration, l’avocat a mis en lumière les incohérences autour du compte Orange Money de Sidaty Yoda, au nom duquel transitaient des dizaines de millions sans que ce dernier ne puisse en expliquer clairement l’origine ou les utilisateurs. « En 2023-2024, il fait un chiffre d’affaires de 80 millions de F CFA. Quel juge réalise cela ? », a-t-il interrogé, dénonçant une manœuvre d’enrichissement illicite.
Face à cette situation, Me Farama a réclamé la condamnation des trois prévenus, Sidaty Yoda, Lamine Tera et Adama Ganamé, en insistant sur la gravité de la trahison commise par un acteur de la justice. Il a également demandé une réparation symbolique pour le REN-LAC : 1 franc CFA pour le préjudice moral et 1 million de francs pour les frais engagés.
Le plaidoyer de Me Farama s’est terminé sur un appel vibrant à la restauration de la confiance dans l’appareil judiciaire. « Il y a des brebis galeuses, oui, mais il y a aussi des juges intègres. Aidons la justice à se rétablir, à être respectée. Le citoyen burkinabè mérite une justice digne de ce nom », a-t-il conclu.
Le procès suit son cours. Les regards sont désormais tournés vers le verdict attendu dans cette affaire hautement symbolique pour l’intégrité de la justice burkinabè.
Par Vox Sahel

