Dr Jean-Noël Bonkoungou : « Le modèle chinois peut inspirer le développement des médias et de l’économie burkinabè »

Dr Jean-Noël Bonkoungou : « Le modèle chinois peut inspirer le développement des médias et de l’économie burkinabè »

Chargé de mission au Ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Dr Jean-Noël Bonkoungou revient sur son immersion en Chine aux côtés d’une délégation de journalistes burkinabè. Entre découvertes culturelles, leçons de gouvernance et pistes de coopération, il plaide pour une meilleure appropriation du modèle chinois afin de renforcer le développement et la modernisation des médias au Burkina Faso.

Dr Jean-Noël Bonkoungou
Dr Jean-Noël Bonkoungou

Qu’est-ce qui vous a motivé à participer à ce programme d’immersion ?

Je voudrais d’abord remercier les autorités de notre pays, en particulier le ministre de la Communication, qui m’a permis de participer à cette mission en tant que chef de délégation. Ce qui m’a le plus animé, c’est avant tout l’opportunité de découvrir la Chine, une destination incontournable, riche d’une histoire exceptionnelle dont l’expérience peut inspirer le développement de nos pays.

Durant notre formation, nous avons eu face de nous des experts chevronnés qui nous ont montré comment la Chine, dès les années 1980, a su tirer les leçons de son histoire pour impulser son essor actuel. La visite de la ville de Xiamen m’a particulièrement marqué. C’est une zone économique spéciale qui doit son développement au leadership de Xi Jinping, alors vice-maire. Ce modèle offre de véritables sources d’inspiration pour nos propres trajectoires économiques.

J’estime que de nombreux acteurs et citoyens burkinabè gagneraient à visiter la Chine et à s’inspirer de son modèle de développement.

Quelles étaient vos attentes avant de venir ?

Pour être honnête, je venais surtout découvrir un pays et une culture. Mais en arrivant, j’ai été émerveillé par l’ampleur du développement économique chinois, bien au-delà de ce que nous percevons de l’extérieur. Cette immersion est inoubliable : riche en enseignements et en découvertes. J’estime que de nombreux acteurs et citoyens burkinabè gagneraient à visiter la Chine et à s’inspirer de son modèle de développement, basé sur une planification à long terme de 50 ans décliner en plan quinquennaux. La Chine des années 1970-1980 était au même niveau que plusieurs pays africains. Quarante ans plus tard, elle figure parmi les premières puissances économiques mondiales.

Parmi les modules de formation suivis, lequel vous a le plus marqué ?

Le module sur « La Ceinture et la Route » m’a profondément marqué. C’est la vision du président Xi Jinping pour faire du développement un bien commun à l’échelle mondiale. La Chine se positionne comme locomotive de l’économie mondiale.
J’ai aussi été impressionné par le modèle de gouvernance chinois, qui associe tradition et modernité, économie de marché et socialisme, tout en favorisant une redistribution équitable des richesses. Des exemples concrets, comme les systèmes de vélos et motos partagés, traduisent cette philosophie. L’agriculture, en particulier, constitue un pilier de ce modèle, et c’est une leçon dont nos pays africains devraient s’inspirer.

Souhaiteriez-vous voir ce modèle appliqué au Burkina Faso ?

Absolument. Le modèle chinois, qui combine libéralisme et socialisme, correspond bien à nos réalités africaines. Il valorise les initiatives des plus riches tout en garantissant une prise en compte des plus pauvres grâce à une redistribution équitable des richesses.

La Chine se positionne comme locomotive de l’économie mondiale.

Après plus d’une dizaine de jours en Chine, comment jugez-vous votre séjour sur le plan culturel et humain ?

Ce fut une immersion exceptionnelle. Nous avons visité des sites emblématiques comme la Grande Muraille, le Palais de l’Espoir ou encore le « Nid d’oiseau », le célèbre stade olympique. À Xiamen, nous avons exploré une île historique très fréquentée par les touristes. Ces découvertes illustrent la richesse culturelle et patrimoniale de la Chine.

Quelle différence ou ressemblance constatez-vous entre le journalisme en Chine et au Burkina Faso ?

La différence majeure est qu’en Chine, il n’existe pas de médias privés, contrairement au Burkina Faso. Sur le plan économique, les médias chinois ont développé un modèle de convergence qui leur assure d’importantes ressources. La Chine est également très en avance technologiquement. Elle expérimente aujourd’hui le journalisme constructif, de solutions et de paix. Ce modèle invite les journalistes à être des acteurs de développement et de stabilité, une démarche qui gagnerait à être adaptée au Burkina Faso.

En quoi cette immersion peut-elle renforcer les compétences des journalistes burkinabè ?

Elle a permis de constater de visu l’évolution technologique dans le secteur des médias et les approches d’analyse des sujets. Dans le contexte de lutte contre le terrorisme, le journalisme constructif mérite d’être implémenter au Burkina Faso. D’ailleurs, l’une de nos formatrices s’est engagée à venir au Burkina Faso, à ses frais, pour animer une conférence sur le journalisme de solution. C’est une opportunité à saisir.

Sur le plan diplomatique, quelles coopérations souhaiteriez-vous voir se renforcer entre la Chine et le Burkina Faso dans le domaine des médias ?

Nous avons déjà identifié des pistes de coopération, notamment à Xiamen, où les centres de haute technologie médiatique sont prêts à accueillir des stagiaires burkinabè. Nous envisageons aussi des projets de coproduction cinématographique, ainsi que l’accueil de journalistes chinois au Burkina Faso pour découvrir notre histoire. Tout cela ouvre la voie à une coopération « gagnant-gagnant ».

Dans le contexte de lutte contre le terrorisme, le journalisme constructif mérite d’être implémenter au Burkina Faso.

Quel rôle les médias peuvent-ils jouer dans le rapprochement diplomatique entre les deux pays ?

Les journalistes sont la vitrine de la nation. Après cette immersion, ils ont désormais une meilleure compréhension de la Chine et sauront la retranscrire dans leurs écrits. Cela permettra à nos autorités de mieux apprécier les atouts de ce partenariat et de renforcer la coopération déjà existante.

Quelles leçons principales retenez-vous de cette mission ?

C’est une expérience unique. J’ai été honoré de conduire une délégation de journalistes aussi disciplinée et professionnelle. Cela m’a conforté dans l’idée que le Burkina Faso dispose de ressources humaines compétentes capables de relever les défis futurs dans le secteur des médias.

Quelles recommandations feriez-vous pour améliorer ce programme à l’avenir ?

Je recommande d’allonger la durée du séjour. Dix jours, c’est trop court pour appréhender toute la richesse de l’expérience chinoise. Un programme de trois semaines, voire de plusieurs mois pour certains participants, permettrait une immersion plus profonde et des retombées plus durables pour le développement et la modernisation des médias burkinabè.

Les journalistes sont la vitrine de la nation.

Un dernier mot pour clore cet entretien ?

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude aux autorités qui nous ont permis de venir en Chine, au président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, dont la vision dynamise la coopération entre nos deux pays ; au Premier ministre, pour son leadership ; et enfin à notre ministre de la Communication, pour ses précieux conseils. Grâce à eux, nous avons pu représenter dignement le Burkina Faso en Chine.

Par Vox Sahel

Vox Sahel

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