Inauguration de deux datacenters modulaires à Ouagadougou : Le Burkina Faso reprend le contrôle de sa mémoire d’Etat
La souveraineté d’un Etat ne se mesure pas à la vigueur de ses proclamations, mais à sa capacité à garder la main sur ce qui fonde son pouvoir. A l’ère du numérique, cette puissance repose désormais sur une ressource invisible mais stratégique : la donnée.
En inaugurant deux datacenters modulaires du Cloud gouvernemental à Ouagadougou, le Burkina Faso fait un choix clair qui est celui de ne plus confier le cœur de son fonctionnement institutionnel à des serveurs lointains et à des intérêts qui ne sont pas les siens. Car les données publiques ne sont pas de simples fichiers.
Elles constituent la mémoire vivante de l’Etat, l’ossature de l’action administrative, le nerf de la sécurité nationale et le socle de toute projection stratégique. Les abandonner à l’extérieur, c’est accepter une vulnérabilité permanente, une dépendance silencieuse et une souveraineté sous condition.
En les rapatriant sur le territoire national, le Burkina Faso réaffirme un principe fondamental : ce qui est vital pour la nation doit être maîtrisé par la nation.
Ce tournant rompt avec des décennies d’extraversion technologique, où l’Afrique a souvent été cantonnée au rôle de consommatrice passive de solutions conçues ailleurs, pensées pour d’autres priorités et gouvernées par d’autres intérêts.
Cette dépendance, longtemps présentée comme une fatalité ou un mal nécessaire, a surtout servi à maintenir des rapports de domination feutrés, mais bien réels.
L’Etat burkinabè choisit aujourd’hui de sortir de ce schéma. Les datacenters inaugurés ne sont donc pas un simple investissement technique. Ils incarnent une vision politique assumée : celle d’un Etat qui entend protéger ses informations, garantir la continuité de ses services publics et bâtir une autonomie numérique durable.
C’est un acte de responsabilité, mais aussi un signal fort adressé aussi bien aux citoyens qu’aux partenaires internationaux : le Burkina Faso entend décider par lui-même des règles qui gouvernent son espace numérique.
Cette avancée appelle cependant cohérence et persévérance. La maîtrise des données doit s’accompagner du développement des compétences locales, d’une gouvernance rigoureuse du Cloud public et d’une stratégie claire de cybersécurité.
Sans cela, l’infrastructure resterait un symbole sans pleine efficacité. La souveraineté est un processus, pas un événement. Au-delà du numérique, l’enjeu est plus vaste.
Il interroge la capacité du pays à reprendre le contrôle de ses secteurs stratégiques, à penser son développement hors des modèles imposés et à investir là où se joue réellement son avenir.
L’Etat qui maîtrise sa mémoire maîtrise aussi sa trajectoire. En reprenant le contrôle de sa mémoire d’État, le Burkina Faso pose un acte fondateur.
Un acte qui rappelle que l’indépendance n’est jamais acquise, qu’elle se défend et se construit, jour après jour, par des choix lucides et courageux. C’est à ce prix que la souveraineté cesse d’être un mot pour devenir une réalité.
La Rédaction

