Diplomatie : Le général Abdourahamane Tiani accuse la France de déstabilisation
Le général Abdourahamane Tiani, président du Niger, a accordé un entretien télévisé à la chaîne nigérienne Télé Sahel le 25 décembre 2024, dans lequel il a réaffirmé sa position sur la sortie des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) de la CEDEAO. Selon lui, cette décision est irréversible et a été mûrement réfléchie. Il a exprimé de vives critiques à l’encontre de la CEDEAO, qu’il accuse de n’être plus fidèle à l’esprit des pères fondateurs de l’organisation. « La CEDEAO a cessé d’exister depuis 1990. Ce n’est plus la CEDEAO des pères fondateurs. Elle est aujourd’hui un outil des puissances occidentales pour maintenir leur domination sur nos ressources et entraver notre autodétermination », a déclaré Tiani.
Le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a ajouté que la prolongation de six mois accordée par la CEDEAO pour permettre aux pays de l’AES de reconsidérer leur décision de quitter l’organisation était sans importance. « Ce délai est un non-événement », a-t-il précisé, insistant sur le fait que la décision de quitter la CEDEAO était souveraine et irrévocable, prise pour garantir l’indépendance des ressources et de la population des pays concernés.
Tiani a également critiqué certains chefs d’État africains, les accusant de sacrifier les intérêts collectifs au profit de leurs ambitions personnelles. Il a notamment dénoncé la complicité de ces dirigeants avec les puissances occidentales et leur volonté de maintenir leur pouvoir, quitte à verser le sang de leurs frères africains. Selon lui, la CEDEAO est utilisée par la France pour garder sa présence en Afrique de l’Ouest, et il a affirmé que la France « ne s’est jamais retirée d’Afrique », mais cherche à renforcer ses positions stratégiques tout en rendant ses forces invisibles.
Le président nigérien a également accusé la France de financer des groupes terroristes pour déstabiliser la région, notamment en fournissant des armes sophistiquées et des financements à ces groupes en échange de leur soutien. Il a mentionné que des armes et des mines antipersonnelles interdites avaient été envoyées à des groupes opérant au Mali, au Nigeria et au Tchad. Selon Tiani, certains responsables français auraient aussi tenté de créer une base au Nigeria pour relier ces groupes terroristes.
Dans cet entretien, le général a également mis en avant la politique de renforcement des forces de défense et de sécurité (FDS) du Niger, avec plus de 25 000 recrues dans l’armée, la gendarmerie, la police et la garde nationale, ainsi qu’un budget de plus de 150 milliards de francs CFA pour l’équipement et le soutien logistique. Il a également évoqué la collaboration entre le régime précédent du Niger et des groupes terroristes soutenus par la France, révélant que des fonds avaient été envoyés à des groupes comme Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest.
Tiani a dénoncé l’existence de centres d’entraînement pour terroristes dans plusieurs pays africains, notamment au Bénin. Enfin, le général Abdourahamane Tiani a réaffirmé la détermination du Niger à protéger sa souveraineté et celle des pays membres de l’AES, en insistant sur le fait que « notre souveraineté est sacrée, et nous la défendrons à tout prix ». Il a appelé à l’unité des Nigériens pour faire face aux défis auxquels leur pays est confronté.
Par Amir BAKO

