Le Joueur burkinabè : Quand le talent se heurte au caractère
Dans le monde du football africain, certains pays dominent largement les scènes internationales grâce à leurs légions de joueurs talentueux évoluant dans les plus grands clubs européens. Pourtant, le Burkina Faso, malgré une pléiade de joueurs promet comme Issa Kaboré, Dango Ouattara ou Bertrand Traoré, peine à s’imposer dans ce cercle fermé. L’ancien capitaine des Étalons, Charles Kaboré, livre une analyse lucide et sincère sur ce qu’il considère comme un frein majeur au développement des joueurs burkinabè : le caractère.
Charles Kaboré est l’un des rares burkinabè à avoir marqué durablement le football européen, notamment sous les couleurs de l’Olympique de Marseille (OM). Lors d’une intervention empreinte d’authenticité, il a partagé un épisode marquant de sa carrière, où sa détermination et son franc-parler ont façonné son parcours. « Je suis allé voir Didier Deschamps et je lui ai dit clairement : ‘Je ne vais pas rester là pour signer des autographes. Vous me mettez sur le banc, mais je ne suis pas venu pour figurer. »
Cette prise de position audacieuse a impressionné l’entraîneur, qui lui a alors offert davantage de temps de jeu. Résultat : Charles Kaboré a contribué à la conquête du titre de champion de France en 2010. Pour lui, cet épisode illustre l’importance du caractère, cette capacité à se battre pour ses convictions et à ne pas accepter passivement les décisions.
Être gentil ou être compétitif ?
Selon Kaboré, le manque de caractère est l’un des obstacles majeurs pour les joueurs burkinabè. « Quand tu es sur le banc et que tu ne dis rien pour ne pas frustrer quelqu’un, tu finis par être frustré toi-même », déclare-t-il avec ferveur. Cette tendance à éviter les conflits, à vouloir rester dans les bonnes grâces de tous, peut freiner les ambitions des joueurs et leur progression dans un milieu aussi compétitif que celui du football européen.
Pour le milieu de terrain, il est impératif de montrer sa personnalité et de défendre ses intérêts avec assurance. Être gentil, certes, mais ne pas hésiter à taper du poing sur la table quand la situation l’exige.
Le défi du joueur burkinabè
Le football burkinabè regorge de talents, mais ces derniers peinent à franchir le cap pour intégrer durablement les grands clubs. Contrairement à leurs homologues ivoiriens, sénégalais ou camerounais, ils sont moins nombreux à briller au plus haut niveau. Pour Kaboré, la clé réside dans un changement de mentalité : « Il faut être caractériel. Montrer qu’on n’est pas là pour figurer. »
Si le talent des joueurs burkinabè est indéniable, il doit s’accompagner d’une mentalité forte et d’une détermination inébranlable pour affronter les défis du football professionnel. À travers son parcours, Charles Kaboré montre qu’il ne suffit pas d’avoir du potentiel ; il faut aussi savoir le défendre avec caractère et conviction. Le message est clair : le Burkina Faso peut et doit rêver plus grand.
Par Amir Ouédraogo

