Espace AES : les Douanes en conclave à Ouagadougou pour harmoniser les procédures et renforcer la coopération

Espace AES : les Douanes en conclave à Ouagadougou pour harmoniser les procédures et renforcer la coopération

Ouagadougou accueille, depuis le 12 octobre 2026, une réunion d’experts des administrations douanières du Burkina Faso, du Mali et du Niger, avec la participation du Togo. Au menu des échanges : le suivi des recommandations antérieures, la mise en place d’un régime tarifaire préférentiel confédéral et le renforcement des capacités des services douaniers.

Les administrations douanières du Burkina Faso, du Mali et du Niger entendent franchir un nouveau cap dans leur coopération. Réunis à Ouagadougou depuis le lundi 12 octobre 2026, leurs experts examinent les mécanismes susceptibles de rapprocher les procédures, de faciliter les échanges commerciaux et de renforcer la lutte contre la fraude au sein de la Confédération des États du Sahel (AES). Des experts de l’Office togolais des recettes (OTR) prennent également part aux travaux.

À l’ouverture officielle de la rencontre, le Directeur général des Douanes du Burkina Faso, l’Inspecteur divisionnaire Yves Kafando, a placé les échanges sous le signe de la solidarité, du partage d’expériences et de la souveraineté économique et sécuritaire. Il a invité les participants à mutualiser leurs compétences afin de traduire les ambitions de la Confédération en mesures concrètes.

Pour le responsable burkinabè, les administrations douanières ne sauraient se limiter à la mobilisation des recettes publiques et au contrôle des marchandises aux frontières. Elles doivent également contribuer à la construction de l’espace confédéral, en accompagnant les orientations communes en matière de sécurité, de défense, de diplomatie et de développement économique et social.

« L’administration douanière, au regard de ses fonctions régaliennes, doit jouer fondamentalement son rôle dans la construction minutieuse et stratégique de notre espace confédéral », a-t-il déclaré, réaffirmant une orientation déjà mise en avant lors de la rencontre des Directeurs généraux des Douanes tenue à Bamako les 2 et 3 octobre 2025.

Trois chantiers prioritaires sur la table

Pendant quarante-huit heures, les experts planchent sur trois dossiers majeurs. Le premier porte sur le suivi des recommandations issues de la rencontre de Bamako. Il s’agit d’évaluer les avancées enregistrées, d’identifier les difficultés rencontrées et de définir les mesures nécessaires pour accélérer la mise en œuvre des engagements pris.

Le deuxième chantier concerne le projet de décision instituant un régime tarifaire préférentiel confédéral. Le texte prévoit également des règles d’origine et des procédures applicables aux marchandises produites dans l’espace AES. À terme, ce dispositif pourrait contribuer à rapprocher les politiques douanières des trois États et à faciliter les échanges commerciaux dans un cadre plus harmonisé.

Le troisième axe est consacré au renforcement des capacités des administrations douanières des pays membres. Élaborée avec l’Institut des Finances publiques du Burkina Faso, la stratégie envisagée vise à améliorer les compétences techniques et professionnelles des agents, en tenant compte des réalités du terrain et des évolutions technologiques.

Ces trois chantiers répondent à un même impératif : rendre les administrations douanières plus performantes, mieux coordonnées et davantage outillées face aux défis liés à la circulation des marchandises.

Fraude, digitalisation et souveraineté économique

Au-delà de l’harmonisation tarifaire, la lutte contre la fraude constitue un enjeu central des discussions. Yves Kafando a appelé à renforcer les capacités de détection, de prévention et de répression des pratiques frauduleuses qui perturbent les échanges et fragilisent les économies nationales.

La modernisation des services figure également parmi les priorités. L’harmonisation des législations, la digitalisation des procédures et l’interconnexion des systèmes informatiques sont présentées comme des leviers essentiels pour améliorer le contrôle des flux commerciaux, sécuriser les recettes publiques et fluidifier les opérations régulières.

Pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, l’enjeu est donc double : mieux protéger les intérêts économiques des États tout en facilitant les échanges entre les opérateurs. La convergence des pratiques douanières pourrait ainsi contribuer à renforcer l’intégration économique au sein de la Confédération.

Dans cette perspective, les experts sont appelés à formuler des propositions opérationnelles susceptibles d’éclairer les décisions des responsables douaniers et de donner corps aux orientations des chefs d’État de l’AES.

Le Togo apporte son expertise technique

La participation des experts de l’Office togolais des recettes traduit également la volonté de renforcer les échanges d’expériences entre administrations. Le Directeur général des Douanes du Burkina Faso a salué la disponibilité et l’engagement de la délégation togolaise, dont l’expérience peut contribuer aux efforts de modernisation et de formation.

Cette coopération technique s’inscrit dans une logique de partage des compétences, sans remettre en cause le statut institutionnel de l’OTR au sein de l’administration togolaise.

À l’issue de la réunion des experts, les Directeurs généraux des administrations douanières des États membres de l’AES et le Commissaire général de l’OTR sont attendus à Ouagadougou les 15 et 16 octobre 2026. Ils devront examiner les conclusions des travaux, apprécier l’état d’avancement des dossiers et définir les orientations à donner à la coopération douanière.

La rencontre de Ouagadougou constitue ainsi une étape de préparation aux décisions attendues au niveau des responsables des administrations concernées. Toutefois, la portée de cette dynamique dépendra de la concrétisation des recommandations, de l’adoption des instruments envisagés et de leur application effective sur le terrain.

Pour les douanes de l’AES, le défi est désormais de transformer les engagements communs en procédures harmonisées, en outils modernisés et en résultats mesurables au service des États et des populations.

Vox Sahel

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