Douanes : Du modèle chinois au projet Smart Douane, le Burkina prépare un nouveau cap numérique
De Pékin à Shanghai, puis à Shenzhen, une mission conduite par le Directeur général des Douanes du Burkina Faso, l’Inspecteur divisionnaire des Douanes Yves KAFANDO, a exploré plusieurs solutions technologiques destinées à accélérer la transformation numérique de l’administration douanière.

La modernisation de la Douane burkinabè prend progressivement une dimension technologique. Après les échanges engagés à Pékin avec l’Administration générale des Douanes de Chine, la mission conduite par le Directeur général des Douanes du Burkina Faso, l’Inspecteur divisionnaire des Douanes Yves KAFANDO, a poursuivi son immersion à Shanghai et Shenzhen. Objectif : observer les technologies et les modèles d’organisation susceptibles d’accompagner le développement du projet Smart Douane.
À Shanghai, la délégation burkinabè a notamment participé à HUAWEI CONNECT 2026, rendez-vous consacré aux technologies numériques, à l’intelligence artificielle et aux infrastructures intelligentes. Les démonstrations et échanges ont permis d’examiner les applications potentielles du cloud, des centres de données, de l’intelligence artificielle et de l’analyse des données dans le domaine douanier.
L’enjeu est concret : améliorer l’analyse des risques, renforcer la traçabilité des marchandises, accélérer les opérations et disposer d’informations plus fiables pour orienter les contrôles. Pour une administration dont les missions touchent directement à la mobilisation des recettes, à la sécurisation des échanges et à la protection du territoire, la donnée devient ainsi un outil stratégique.

De la surveillance des flux à la décision en temps réel
À Shenzhen, la mission s’est intéressée au système automatisé de suivi des opérations de la Douane locale. L’expérience chinoise met en évidence un principe central de la transformation numérique : connecter les différents maillons de la chaîne douanière pour disposer d’une vision globale et actualisée des opérations.
La centralisation des informations et la supervision en temps réel doivent notamment permettre de mieux suivre les flux et d’orienter les contrôles vers les opérations présentant les niveaux de risque les plus élevés.
Cette logique rejoint l’ambition affichée à travers Smart Douane : passer progressivement d’une gestion reposant sur des interventions dispersées à un système davantage intégré, dans lequel les informations circulent entre les différents services et points opérationnels.
La visite de MAXVISION, entreprise spécialisée dans les technologies destinées aux frontières, aux ports et aux opérations de contrôle, a permis d’approfondir cette réflexion. La délégation a pu examiner différentes solutions d’identification des véhicules et des marchandises, d’inspection, de collecte automatisée des données et de suivi des mouvements. Pour la Douane burkinabè, ces technologies pourraient notamment contribuer à renforcer le suivi des marchandises entre leur entrée sur le territoire et leur acheminement vers les bureaux de destination.

Huawei au cœur des discussions sur l’avenir de Smart Douane
Le séjour à Shenzhen a également été marqué par deux rencontres au siège de Huawei. Les discussions ont porté sur l’interconnexion des services douaniers, les infrastructures numériques, la sécurisation des données, leur valorisation ainsi que l’intégration progressive de l’intelligence artificielle.
Ces échanges interviennent alors que la première phase de Smart Douane est déjà engagée au Burkina Faso. Déployée à Ouaga Inter, elle doit être officiellement inaugurée prochainement. Elle constitue le premier jalon d’un dispositif appelé à évoluer progressivement. L’ambition à terme est de dépasser le cadre d’un projet limité à un site pour construire une architecture capable de connecter les points d’entrée, les bureaux intérieurs, les unités de surveillance et les centres de décision.
Un projet qui dépasse la simple acquisition d’équipements
La mission chinoise met ainsi en lumière un enjeu plus large que l’acquisition de matériels ou de logiciels. La transformation numérique de la Douane suppose également une évolution des méthodes de travail, de l’organisation des services et de l’utilisation de la donnée.
Le modèle observé en Chine offre, à cet égard, des pistes de réflexion. Il ne s’agit pas de reproduire mécaniquement un système conçu dans un environnement différent, mais d’identifier les solutions susceptibles d’être adaptées aux réalités opérationnelles du Burkina Faso.
L’objectif affiché est de construire progressivement un écosystème Smart Douane, associant agents, données, infrastructures et équipements autour d’une même chaîne numérique. Les bénéfices recherchés sont multiples : meilleure anticipation des risques, sécurisation des recettes douanières, fluidification des échanges commerciaux et renforcement du contrôle du territoire.
Vers un renforcement de la coopération douanière sino-burkinabè
Au-delà de l’aspect technologique, la mission chinoise comporte également un volet institutionnel. Les échanges avec les autorités douanières chinoises ont permis de renforcer le dialogue entre les deux administrations.
Cette dynamique pourrait déboucher, dans les prochains mois, sur la conclusion d’un Accord d’Assistance Administrative Mutuelle Internationale (AAMI) entre les administrations douanières du Burkina Faso et de la Chine. Un tel cadre renforcerait les possibilités de coopération et d’échange d’informations entre les deux administrations, notamment dans la lutte contre les pratiques frauduleuses et la sécurisation des échanges.

De Ouaga Inter à une Douane davantage connectée
De Pékin à Shanghai, puis à Shenzhen, la mission burkinabè aura donc permis de confronter les ambitions de Smart Douane aux expériences et solutions développées en Chine. Le prochain rendez-vous sera désormais l’inauguration de la première phase du projet à Ouaga Inter. Mais l’enjeu se situe déjà au-delà de cette première réalisation.
Pour la Douane burkinabè, le défi consiste à transformer cette première expérience en socle d’une numérisation progressive de l’ensemble de la chaîne douanière. La technologie devra alors servir un objectif plus large : disposer d’une administration capable d’exploiter ses données, d’anticiper les risques, de sécuriser ses recettes et de faciliter les échanges tout en renforçant la souveraineté économique et sécuritaire du Burkina Faso.

La mission en Chine apparaît ainsi moins comme une simple visite d’étude que comme une étape dans la construction d’un nouveau modèle de Douane, plus connectée, plus intégrée et davantage pilotée par la donnée. Cette version privilégie un angle de presse économique : transformation numérique, sécurisation des recettes, fluidification des échanges et coopération douanière, plutôt qu’une simple restitution chronologique de la mission.
Par Vox Sahel

