Houndé Gold Operation : dans les coulisses de ceux qui dessinent l’avenir de la mine
À Houndé, la production de près de 250 000 onces d’or par an ne repose pas uniquement sur les imposantes excavatrices ou les installations de traitement. En amont de toute exploitation, une équipe de géologues, de techniciens et d’ingénieurs mène un travail de précision qui conditionne l’avenir même de la mine. Immersion au cœur du département Exploration, véritable laboratoire stratégique où se prépare la production de demain.
Au premier regard, la mine de Houndé impressionne par ses dimensions. Les camions géants se succèdent, les pelles hydrauliques déplacent des milliers de tonnes de roche et l’usine fonctionne à un rythme soutenu. Pourtant, la véritable bataille se joue loin des regards, dans des bureaux où s’empilent cartes géologiques, échantillons de roche et modèles numériques.
C’est ici que travaille Sammoussi Bihoun, directeur de l’exploration. Sa mission est simple à énoncer mais complexe à accomplir : découvrir aujourd’hui les réserves qui permettront à la mine de produire encore dans dix, quinze ou vingt ans.
La carothèque, mémoire vivante du sous-sol
Pour le responsable de l’exploration, l’avenir d’une mine ne se construit pas à l’usine de traitement, mais bien avant. « Beaucoup pensent que l’or est produit à l’usine. En réalité, chaque once commence ici, dans la carothèque et sur les cartes géologiques. Sans nouvelles découvertes, une mine finit par épuiser ses réserves. Notre rôle est d’assurer son renouvellement permanent. »
La carothèque conserve des milliers de mètres de carottes de forage, ces cylindres de roche extraits des profondeurs du sous-sol. Véritable bibliothèque géologique, elle permet de retracer l’histoire du gisement et d’orienter les futures campagnes d’exploration.
Lire le sous-sol avant de le forer
Avant qu’une foreuse n’entre en action, plusieurs mois d’études sont nécessaires. Les équipes analysent minutieusement la ceinture de roches vertes qui traverse la région, identifient les structures géologiques favorables à la minéralisation et recherchent les anomalies susceptibles de révéler la présence d’or.
« Nous ne forons jamais au hasard. Chaque campagne repose sur des données géologiques, géochimiques et géophysiques. Chaque indice nous aide à mieux comprendre le comportement du gisement. »
Cette approche scientifique permet de limiter les risques techniques et financiers, tout en concentrant les investissements sur les secteurs les plus prometteurs.
Le forage, étape décisive de la découverte
Lorsque les premières hypothèses sont validées, vient le temps du forage. Reverse circulation ou forage diamanté : chaque technique répond à un objectif précis. Les carottes extraites sont photographiées, décrites, découpées puis envoyées en laboratoire afin d’être analysées.
Les résultats déterminent la teneur en or, la continuité de la minéralisation et le potentiel économique du secteur exploré. « Le forage apporte la réponse du terrain. Les données nous disent si nous devons poursuivre ou réorienter nos recherches. Ici, chaque décision repose sur l’analyse. »
Transformer les données en réserves minières
Toutes les informations recueillies sont ensuite intégrées dans un modèle géologique tridimensionnel. Cet outil permet d’estimer les volumes de minerai, les teneurs en or et la rentabilité des futurs projets d’exploitation.
Une étape stratégique, selon Sammoussi Bihoun. « Le modèle 3D rassemble l’ensemble des données disponibles. C’est lui qui permet de convertir une découverte géologique en réserves exploitables et de préparer les futurs plans miniers. »
Préparer la prochaine génération de gisements
L’exploration regarde déjà au-delà des fosses actuellement exploitées. Les équipes concentrent désormais leurs efforts sur plusieurs cibles prioritaires, notamment Vindaloo Deeps, Kari Center, Kari West et l’ensemble du système Kari, considéré comme l’un des secteurs les plus prometteurs du permis minier.
L’objectif est ambitieux : maintenir durablement un niveau de production proche de 250 000 onces d’or par an, tout en augmentant les réserves disponibles.
« Nous disposons aujourd’hui d’importantes réserves, mais notre ambition est d’en découvrir davantage afin d’assurer la pérennité de la mine sur le long terme. Chaque nouveau forage ouvre de nouvelles perspectives. »
Une mission qui dépasse la géologie
Au-delà des chiffres et des modèles, le directeur de l’exploration rappelle que son travail possède une dimension économique et sociale.
Chaque nouvelle réserve identifiée contribue à prolonger la durée de vie de la mine, à maintenir les emplois, à soutenir les activités des entreprises locales et à préserver les retombées fiscales pour le Burkina Faso.
« Découvrir une nouvelle once d’or, ce n’est pas uniquement enrichir un modèle géologique. C’est aussi contribuer à maintenir une activité économique, des emplois et des investissements pour les années à venir. »
Dans le tumulte permanent des engins miniers, le département Exploration travaille souvent loin des projecteurs. Pourtant, c’est dans le silence des laboratoires, des salles de modélisation et de la carothèque que se dessine une grande partie de l’avenir de Houndé Gold Operation.
Car avant d’être extraite, concassée puis transformée en lingots, chaque once d’or est d’abord une hypothèse scientifique, une succession d’analyses et des milliers d’heures de recherche. À Houndé, l’avenir de la mine s’écrit d’abord sous terre.

