Édito | Mariages coutumiers et religieux au Burkina: La fin d’une injustice silencieuse
Il aura fallu du temps, beaucoup de temps, pour que la loi rattrape enfin la réalité sociale. Avec l’entrée en vigueur de la loi n°12-2025/ALT portant Code des personnes et de la famille, le Burkina Faso vient de franchir un pas décisif : reconnaître pleinement les mariages coutumiers et religieux, à condition de leur transcription à l’état civil.
Une avancée majeure, portée par la circulaire du ministre d’État en charge de l’Administration territoriale, Emile Zerbo.Soyons clairs, cette réforme n’est pas seulement technique ou administrative. Elle vient corriger une injustice profonde, longtemps ignorée.
Dans les faits, la grande majorité des Burkinabè choisissent de s’unir selon les rites coutumiers ou religieux, bien plus enracinés dans les traditions et les convictions que le mariage civil. Pourtant, jusqu’ici, ces unions restaient juridiquement fragiles, voire invisibles.
Combien de femmes se sont retrouvées sans droits reconnus après des années de vie commune ? Combien d’enfants ont pâti de l’absence de reconnaissance formelle de l’union de leurs parents ? Combien de familles ont été confrontées à des litiges faute de preuve légale ? Pendant trop longtemps, le décalage entre la norme juridique et la réalité sociale a produit des injustices silencieuses, mais bien réelles.
En ouvrant la voie à la transcription de ces mariages dans les registres de l’état civil, l’État burkinabè pose un acte fort : celui de reconnaître les choix de ses citoyens tout en leur offrant une sécurité juridique essentielle. C’est un rééquilibrage nécessaire, un acte de justice sociale et de pragmatisme.
Mais pour que cette réforme tienne toutes ses promesses, un défi majeur reste à relever : celui de la simplicité. Car une bonne loi peut être vidée de sa substance par des procédures lourdes, complexes ou dissuasives. Si les démarches de transcription deviennent un parcours du combattant, alors beaucoup de couples continueront de rester en marge du système.
Il est donc impératif que l’administration joue pleinement son rôle d’accompagnement. Informer, orienter, simplifier, rapprocher les services des populations, notamment en milieu rural : voilà les conditions pour que cette réforme ne soit pas qu’un texte de plus, mais une réalité vécue.
Reconnaître les mariages coutumiers et religieux, c’est faire le choix d’un droit plus proche des réalités. Faciliter leur transcription, c’est garantir que ce droit soit accessible à tous.
Le Burkina Faso vient de corriger une injustice. Il lui reste maintenant à transformer cet acquis en véritable progrès pour les citoyens.
La Rédaction

