Décrypt/Elimination des Etalons à la CAN 2025: Quand la débâcle impose l’heure de vérité

Décrypt/Elimination des Etalons à la CAN 2025: Quand la débâcle impose l’heure de vérité

La lourde défaite des Etalons face aux Éléphants de Côte d’Ivoire (3-0) à la CAN 2025 a retenti comme un véritable séisme au Burkina Faso. Plus qu’un revers sportif, ce match a agi comme un révélateur brutal, mettant à nu des failles longtemps dissimulées, des insuffisances tolérées et des espoirs collectifs une fois encore fracassés.

Car entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, il ne s’agit jamais d’une rencontre ordinaire. C’est un derby chargé d’histoire, de fierté et de rivalité fraternelle. Sur les réseaux sociaux, la confiance était affichée sans détour. Beaucoup croyaient à une prestation à la hauteur du rang acquis par les Etalons ces dernières années. Mais au coup de sifflet final, la réalité du terrain s’est imposée avec une brutalité implacable.

Pendant quatre-vingt-dix minutes, les Éléphants ont dicté leur loi avec maîtrise, efficacité et sérénité. En face, les Étalons ont donné l’image d’une équipe dépassée, hésitante, sans plan clair ni réaction d’orgueil. Le plus douloureux n’est pas tant le score que la manière. Cette rencontre a ressemblé à une promenade de santé pour l’adversaire, face à une sélection burkinabè incapable d’opposer une résistance digne de son statut et de son histoire récente.

La désillusion est immense pour un peuple passionné, profondément attaché à son équipe nationale. Mais au-delà de la colère et de la tristesse, l’heure n’est ni aux insultes ni aux excuses faciles. Cette défaite doit être un électrochoc salutaire.

Depuis des années, des voix alertent sur les dysfonctionnements dans la gestion du football burkinabè. Trop souvent, ces critiques ont été minimisées ou balayées d’un revers de main. Le match du mardi 6 janvier 2026 vient malheureusement leur donner un écho retentissant.

Les responsabilités sont multiples et doivent être assumées avec lucidité et courage. Le staff technique ne peut éluder une autocritique profonde : choix tactiques, préparation, sélection des joueurs, capacité d’adaptation en cours de match, tout mérite d’être interrogé. Les joueurs, eux aussi, sont interpellés. Porter le maillot national n’est ni un acquis ni une formalité. C’est un honneur qui exige engagement total, discipline et esprit de sacrifice, surtout dans un derby aussi symbolique.

Mais la réflexion ne saurait se limiter au rectangle vert. Les instances dirigeantes du football burkinabè, ainsi que le ministère en charge des Sports, portent une responsabilité évidente. Vision à long terme, stabilité des projets, cohérence des décisions et transparence dans la gestion demeurent des chantiers inachevés. Le copinage et les choix complaisants doivent céder la place à la compétence, au mérite et à l’exigence de résultats.

Le paradoxe est cruel : le Burkina Faso dispose d’un vivier de talents indéniable. De nombreux joueurs brillent dans des championnats compétitifs. Le problème n’est donc pas l’absence de qualité, mais son exploitation défaillante. Il est urgent de repenser en profondeur la politique footballistique nationale : formation à la base, renforcement des centres de formation, modernisation des infrastructures et mise en avant de cadres compétents animés d’un véritable amour du football et du pays.

Le Burkina Faso n’est plus un simple outsider du football africain. Les performances passées ont hissé les Étalons au rang de nation respectée. A ce niveau, l’improvisation, la résignation et la médiocrité n’ont plus leur place. Etre une grande nation de football, c’est accepter l’exigence permanente, la rigueur et la remise en question constante.

La débâcle face à la Côte d’Ivoire doit donc marquer un tournant décisif. Soit elle restera un énième épisode douloureux rapidement oublié, soit elle deviendra le point de départ d’une refondation courageuse et ambitieuse du football burkinabè.

Une certitude demeure : le peuple burkinabè, passionné et exigeant, n’attend plus des discours, mais des actes forts, des décisions courageuses et des résultats à la hauteur de ses espoirs.

Amie BAKO

Vox Sahel

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