Sortie de l’AES de la CEDEAO : Enjeux et perspectives d’une nouvelle ère économique

Sortie de l’AES de la CEDEAO : Enjeux et perspectives d’une nouvelle ère économique

Ce mardi 28 janvier 2025 marque le premier anniversaire du retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette décision historique a bouleversé l’équilibre régional et suscite de nombreuses interrogations sur ses répercussions économiques et commerciales. Dans une interview accordée au journal Sidwaya, le professeur Oumar Zallé, agrégé en sciences économiques et chef du département du Master en économie appliquée à l’université Norbert-Zongo, analyse les conséquences de cette sortie pour les États de l’AES et ceux de la CEDEAO.

D’après le Pr Zallé, cette séparation remet en cause l’intégration régionale initiée depuis 1975. « La CEDEAO est l’une des zones d’intégration les plus élaborées en Afrique. La sortie de l’AES fragilise son image et son poids géographique, car ces trois pays représentaient plus de 50 % de la superficie de l’organisation et environ 20 % de sa population en 2022 », explique-t-il.

À court terme, cette rupture impacte les échanges commerciaux et les politiques communautaires. À moyen terme, elle risque de générer des tensions géopolitiques et de nuire à l’attractivité économique de la région. Toutefois, à long terme, la CEDEAO pourrait tirer des leçons de cet épisode pour améliorer sa gouvernance et renforcer l’indépendance de ses institutions, notamment face aux critiques sur l’influence extérieure, en particulier celle de la France.

Du côté des pays de l’AES, le retrait entraîne des conséquences immédiates, notamment une hausse des coûts de transaction. La fin des avantages liés au Tarif Extérieur Commun et à la libre circulation des biens et services ralentit les échanges commerciaux, en particulier avec les sept pays de la CEDEAO non membres de l’UEMOA. « Il faut s’attendre à une réduction des recettes fiscales, notamment en matière de commerce extérieur », précise le Pr Zallé. En 2024, le ministre burkinabè de l’Économie avait estimé une perte annuelle de 40 milliards de F CFA pour la CEDEAO due à ce retrait.

Les relations commerciales du Burkina Faso avec le Ghana et celles du Niger avec le Nigeria sont également mises à l’épreuve, ces deux pays n’appartenant pas à l’UEMOA. La fin des accords préférentiels pourrait entraîner une hausse des coûts logistiques et un détournement du commerce vers d’autres marchés.

À long terme, les trois États de l’AES devront renforcer leurs liens économiques et mettre en place des politiques communes pour stabiliser leur nouvelle zone d’intégration. « Dès qu’ils quittent la CEDEAO, ils doivent travailler à développer des politiques intracommunautaires solides », insiste le Pr Zallé.

L’AES doit donc multiplier les initiatives pour compenser les pertes commerciales et garantir une autonomie économique. La diversification des partenaires économiques et la création d’une zone de libre-échange spécifique aux trois États pourraient être des leviers stratégiques pour bâtir une économie plus résiliente.

La sortie de l’AES de la CEDEAO marque un tournant majeur dans l’histoire de l’intégration ouest-africaine. Si les défis sont nombreux, les opportunités d’une redéfinition des alliances économiques existent. Il appartiendra aux dirigeants de l’AES de capitaliser sur cette nouvelle dynamique pour renforcer leur souveraineté et bâtir un cadre économique durable et prospère.

Par Vox Sahel

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