Interview d’Amadou Kouffa sur France 24 et RFI : Une liberté de presse à géométrie variable ?

Interview d’Amadou Kouffa sur France 24 et RFI : Une liberté de presse à géométrie variable ?

Dans un post sur sa page Facebook, Salif Sanogo, ancien chroniqueur pour Afrique Média sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), a soulevé une vive controverse sur le rôle des médias dans la lutte contre le terrorisme. L’ex-journaliste critique sévèrement la diffusion par France 24 d’une interview exclusive avec Amadou Kouffa, un chef terroriste, et remet en question la légitimité de cette démarche.

Sanogo, dans une analyse percutante, accuse France 24 d’avoir franchi « le Rubicon » en offrant une plateforme à un terroriste reconnu pour ses crimes. Il déplore que Kouffa, non seulement responsable de nombreuses atrocités, ait été présenté à travers une interview dont le teasing a été orchestré pendant 24 heures. « Quel cynisme ! », s’indigne-t-il, souligne que le journaliste ayant mené cet entretien est, selon lui, connu pour ses liens avec des groupes terroristes.

L’ancien chroniqueur questionne le cadre juridique entourant cette diffusion en rappelant que le délit d’apologie du terrorisme est sévèrement puni en France, pouvant entraîner jusqu’à 7 ans de prison et 100 000 euros d’amende. Il cite la législation sur la liberté de la presse qui interdit de glorifier les crimes de guerre ou les actes terroristes. Selon Sanogo, l’interview de Kouffa s’inscrit dans une zone grise, où la liberté de la presse est diffusée, mais où les risques d’apologie sont bien réels.

Les médias, l’«oxygène du terrorisme» ?

Sanogo évoque également la célèbre citation de Margaret Thatcher, ancienne Première ministre britannique, qui qualifiait les médias d' »oxygène du terrorisme ». Une idée de reprise par de nombreux chercheurs, dont Brian Jenkins, qui soulignait que les attentats terroristes sont souvent « mis en scène pour attirer l’attention des médias ».

Une étude de Michael Jetter, professeur d’économie politique à l’University of Western Australia, vient renforcer cette thèse. En analysant 60 000 attentats terroristes couverts par le New York Times entre 1970 et 2012, Jetter a constaté qu’un article supplémentaire publié sur un attentat entraîne une augmentation de 11 à 15 % du nombre d’attentats dans le pays concerné dans les jours suivants. .

Ces observations amènent Sanogo à poser une question fondamentale : en diffusant l’interview d’Amadou Kouffa, France 24 et RFI ont-elles pris en compte les conséquences potentielles de cette exposition médiatique sur la perpétration de nouveaux attentats ?

Le post de Salif Sanogo va plus loin en pointant une certaine hypocrisie dans la gestion de la liberté de la presse par certains médias occidentaux. Il se demande si ces mêmes chaînes auraient accordé une interview similaire à des responsables de l’État islamique ou d’Al-Qaïda ayant perpétré des attentats en Europe. « Certainement pas », tranche-t-il, dénonçant une notion d’apologie du terrorisme « à géométrie variable ».

Ce débat soulève des questions cruciales sur la responsabilité des médias dans leur couverture du terrorisme. À quel moment la diffusion d’une information devient-elle une plateforme pour les idéologies extrémistes ? Comment concilier le droit à l’information et la sécurité publique ? Des questions que les journalistes, les législateurs et la société dans son ensemble devront continuer à explorer. 

Par Vox Sahel

Vox Sahel

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