Fraude douanière transfrontalière : Du corridor de Lomé aux pays de l’AES, l’impératif de la coopération

Fraude douanière transfrontalière : Du corridor de Lomé aux pays de l’AES, l’impératif de la coopération

Du port de Lomé aux marchés du Burkina Faso, du Mali et du Niger, les flux de marchandises dépassent les frontières et exigent une coordination renforcée des administrations douanières. À l’occasion de la 5ᵉ réunion des Directeurs généraux des Douanes de l’AES et du Togo, tenue à Ouagadougou du 15 au 16 octobre 2026, le Colonel KONZI TEI, commissaire des douanes et droits indirects à l’Office togolais des recettes (OTR), revient sur les enjeux de cette coopération transfrontalière. Échange d’informations, traçabilité électronique des cargaisons et assistance administrative mutuelle constituent, selon lui, des leviers essentiels pour sécuriser le transit, combattre la fraude et faciliter le commerce régional.

Quelle est précisément la portée de cette participation pour votre pays ?

Notre participation à cette cinquième réunion n’est pas une première. Depuis la création de ce cadre de concertation, le Togo, qui met son corridor, son port et son territoire à la disposition des pays de l’AES pour leurs échanges internationaux, se devait d’approfondir cette coopération. Les échanges, notamment les flux de marchandises entre les États membres de l’AES et le Togo, doivent ainsi gagner en fluidité.

Les instruments d’intégration et de facilitation, ainsi que les différents mécanismes destinés à faciliter les échanges entre les pays de l’AES et le reste du monde via le Togo, doivent être étudiés et mis en œuvre. Ces questions font actuellement l’objet de travaux avancés entre les administrations douanières des États membres de l’AES et celles du Togo, sous l’égide de l’OTR.

La portée de notre participation est donc de nous tenir informés des initiatives en cours et des difficultés rencontrées par nos collègues des pays de l’AES, afin que nous puissions rechercher ensemble des solutions. Notre objectif est de faire en sorte que la coopération souhaitée par les hautes autorités des pays de l’AES et du Togo se traduise concrètement par des échanges réguliers et fluides.

C’est dans cette perspective que l’OTR participe activement à toutes ces réunions et à ces comités techniques, afin d’améliorer les échanges, dans l’intérêt et pour le bien-être de nos populations.

Comment le Togo et les pays de l’AES peuvent-ils renforcer leur coopération dans le cadre de la lutte contre la fraude douanière transfrontalière ?

Je voudrais d’abord souligner qu’au plus haut niveau de l’État, les autorités des pays de l’AES et du Togo sont en parfaite harmonie quant à la volonté de construire un destin commun. À notre niveau, notre rôle consiste à échanger des informations sur les marchandises qui quittent le port de Lomé à destination des différents pays de l’AES, mais également à recevoir des informations sur les cargaisons qui quittent les États membres de l’AES à destination du port de Lomé.

Sans ces échanges d’informations, le suivi du transit, c’est-à-dire du transport international de marchandises à travers les frontières, pourrait s’avérer difficile. Il existe des instruments à mettre en place, mais les échanges d’informations, la coopération et la coordination entre nos administrations sont essentiels pour lutter contre la fraude.

Une fraude peut être commise dans un pays de l’AES et avoir des répercussions dans un autre territoire, et inversement. C’est notamment le cas du transit des marchandises.

Une marchandise qui quitte le port de Lomé en transit vers le Mali, par exemple, peut ne jamais arriver à destination pour des raisons frauduleuses. Où a-t-elle disparu ? Sur le territoire togolais ou lors de son passage au Burkina Faso ? En l’absence d’échanges d’informations et de mécanismes de traçabilité, il pourrait être difficile de déterminer à quel endroit la fraude a été commise.

Nous disposons aujourd’hui d’un instrument efficace de suivi électronique des cargaisons. Il faut que ce système soit renforcé, mieux surveillé et rendu plus performant, afin que toutes les marchandises qui entrent dans le circuit de la fraude puissent être détectées et que les fraudeurs soient démasqués. Je n’exclus pas qu’un fraudeur puisse se trouver dans un pays et organiser une opération frauduleuse dans un autre.

Les échanges d’informations, la coopération et l’assistance administrative mutuelle entre nos États constituent donc des moyens essentiels pour combattre la fraude. Par ailleurs, lorsqu’on parle de fraude douanière, il est rare que celle-ci se limite exclusivement à une infraction douanière. Elle peut parfois dissimuler d’autres activités criminelles.

En effet, les opérations frauduleuses ne visent pas uniquement à se soustraire au paiement des droits et taxes de douane sur les marchandises. Elles peuvent également servir à dissimuler des marchandises susceptibles d’alimenter des circuits criminels ou d’être utilisées à des fins liées à l’insécurité. Cela constitue pour nous une source de préoccupation supplémentaire, dans un contexte régional déjà marqué par des menaces contre la paix et la sécurité.

Voilà, de manière schématique, les mécanismes que nous mettons en place pour lutter contre la fraude. Quant aux autres aspects de notre dispositif, je ne saurais les révéler aux médias, car ils relèvent de la sécurité.

Quels bénéfices concrets les opérateurs économiques peuvent-ils tirer d’une meilleure coordination des administrations douanières ?

Je vous remercie de l’intérêt que vous portez à cette question. Je crois que ce sont les opérateurs économiques eux-mêmes qui pourront véritablement vous dire s’ils tirent profit de cette coordination et de quelle manière.

Toutefois, je peux vous dire que les douanes étant au service du commerce et de l’industrie, toutes les mesures visant à faciliter les échanges commerciaux, les activités industrielles et les opérations logistiques permettent de gagner du temps. Or, gagner du temps, c’est aussi gagner de l’argent.

À cela s’ajoutent les régimes douaniers préférentiels que les pouvoirs publics peuvent mettre en place au profit des industriels qui transforment les marchandises, notamment les matières premières.

Ces régimes douaniers sont mis à la disposition des opérateurs économiques afin de favoriser la transformation de nos matières premières en produits finis ou semi-finis. Ce processus contribue à la création d’emplois et au développement endogène de nos économies. En somme, les opérateurs économiques et le secteur privé de notre région ont beaucoup à gagner des mécanismes de facilitation des échanges et des régimes douaniers favorables à leurs activités.

Vox Sahel

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