Interconnexion douanière AES-Togo : Les engagements se précisent, les délais aussi

Interconnexion douanière AES-Togo : Les engagements se précisent, les délais aussi

Réunis à Ouagadougou les 15 et 16 octobre 2026, les directeurs généraux des douanes des pays membres de la Confédération des États du Sahel (AES) et les représentants de l’Office togolais des recettes ont adopté de nouvelles recommandations pour fluidifier les échanges commerciaux, renforcer la lutte contre la fraude et améliorer la sécurisation des corridors. L’opérationnalisation du transit électronique et l’harmonisation des instruments juridiques figurent parmi les principales priorités.

Les rideaux sont tombés, le vendredi 16 octobre 2026 à Ouagadougou, sur la cinquième réunion des directeurs généraux des Douanes des pays membres de la Confédération des États du Sahel (AES), couplée à la troisième réunion du comité de pilotage des projets d’interconnexion des systèmes informatiques des administrations douanières de l’AES et du Togo. Au terme de quarante-huit heures de travaux, précédées de concertations techniques entre experts, les participants ont adopté plusieurs recommandations destinées à approfondir l’intégration douanière et à faciliter les échanges commerciaux dans l’espace sahélien et avec le Togo.

Présidée par la ministre déléguée chargée du Budget, Fatoumata Bako/Traoré, la cérémonie de clôture a permis de dresser le bilan des engagements antérieurs et de définir de nouvelles orientations. L’ambition est de construire des administrations douanières plus performantes, interconnectées et mieux outillées pour accompagner les échanges régionaux, sécuriser les opérations de transit et contribuer à la souveraineté économique des États.

Des avancées dans l’harmonisation douanière

Au titre de l’intégration douanière entre les pays de l’AES, les directeurs généraux des douanes ont examiné l’état d’exécution des huit recommandations antérieures. Trois ont été réalisées, deux sont en cours de mise en œuvre et trois restent à exécuter. Les recommandations non achevées ont été reconduites afin d’assurer la continuité des actions engagées.

A LIRE AUSSI : Espace AES : Les Douanes en conclave à Ouagadougou pour harmoniser les procédures et renforcer la coopération

Les participants ont également insisté sur la nécessité d’accélérer l’élaboration des instruments juridiques communs. Trois projets de décision ont été jugés prioritaires en raison de leur portée transversale et de leur incidence sur les autres administrations publiques.

Il s’agit du texte instituant le régime tarifaire préférentiel confédéral et fixant les règles d’origine des marchandises, du projet relatif au transit des marchandises au sein de l’AES et de celui portant sur l’assistance administrative mutuelle en matière douanière entre les États membres.

Des progrès ont notamment été relevés dans la finalisation du projet relatif aux règles d’origine. Celui-ci intègre des dispositions concernant la reconnaissance de l’origine confédérale, l’agrément des produits, la certification de l’origine et les preuves documentaires nécessaires. La sécurisation des certificats d’origine, notamment par l’utilisation de supports sécurisés et de dispositifs de contrôle, a également été soulignée.

Pour les responsables douaniers, l’adoption et la mise en œuvre effective de ces textes constituent des leviers essentiels pour favoriser les échanges intracommunautaires et renforcer la cohérence des politiques douanières.

L’interconnexion numérique au cœur du partenariat AES-Togo

La coopération entre l’AES et le Togo a occupé une place importante dans les échanges. Le bilan des dix-huit recommandations issues de la précédente réunion du comité de pilotage, tenue à Bamako en octobre 2025, fait état de neuf recommandations réalisées, six en cours d’exécution et trois non encore mises en œuvre. Les recommandations inachevées ont été reconduites.

De nouvelles mesures ont été arrêtées pour accélérer l’interconnexion des systèmes informatiques douaniers. Parmi elles figure l’élaboration et la transmission, par chaque pays, des listes d’entreprises nécessaires à la mise en production du code d’identifiant régional, au plus tard le 1er janvier 2027.

Les participants ont également retenu la création d’un itinéraire de transit permettant d’acheminer vers le Niger les marchandises en provenance du Togo, en passant par le Bénin et le Nigeria. L’élargissement de l’itinéraire Koutammakou-Cinkansé, afin de mieux desservir les pays de l’AES, figure aussi parmi les recommandations adoptées.

Autre décision importante : la mise en place, au plus tard le 31 janvier 2027, d’une cellule technique chargée de l’administration, de la supervision continue et du maintien en conditions opérationnelles des flux d’interconnexion. Le renforcement de la sécurité des systèmes informatiques des administrations douanières complète ce dispositif.

Ces mesures visent à améliorer la circulation des informations, à renforcer la traçabilité des marchandises et à réduire les obstacles administratifs et techniques qui ralentissent les opérations de transit.

Vers un transit électronique sans rupture de charge

L’opérationnalisation du transit électronique entre les administrations douanières des quatre pays concernés demeure un autre enjeu majeur. L’objectif est de permettre la continuité des opérations de transit sans rupture de charge, tout en renforçant le suivi des marchandises et la transparence des procédures.

À cet effet, les équipes techniques ont été invitées à poursuivre les travaux nécessaires à l’interconnexion effective des systèmes. Une mission de haut niveau est également prévue à Cinkansé le 15 novembre 2026. Elle devra permettre d’évaluer les conditions de travail des équipes douanières, l’état des infrastructures de stationnement et le déroulement des procédures, afin d’identifier les difficultés qui entravent la fluidité du trafic.

S’exprimant sur les résultats de la rencontre, le directeur des systèmes informatiques de l’Office togolais des recettes, Eden Amekakpo, a mis en avant les avancées enregistrées et l’importance des échéances fixées pour la mise en œuvre des recommandations.

Il a notamment insisté sur la nécessité d’accélérer les travaux d’interconnexion, au regard des attentes des populations et des opérateurs économiques. L’amélioration des échanges commerciaux entre les États et la recherche d’une plus grande souveraineté économique exigent, selon lui, que les engagements pris se traduisent rapidement en réalisations concrètes.

Formation, logistique et lutte contre la fraude

Au-delà de l’interconnexion numérique, les participants ont abordé plusieurs questions transversales relatives à la modernisation des administrations douanières. Le renforcement des capacités des agents, l’implication des structures spécialisées dans la formation douanière et la promotion de la conteneurisation en Afrique de l’Ouest ont notamment été évoqués.

La Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso a présenté le Projet de promotion de la conteneurisation en Afrique de l’Ouest (PPCAO). Au regard de l’intérêt de cette initiative pour la sécurisation et l’efficacité des chaînes logistiques, les directeurs généraux des douanes ont exprimé leur disponibilité à accompagner sa mise en œuvre.

Les discussions ont également porté sur la nécessité d’améliorer les moyens de transport, de renforcer les mécanismes de garantie du transit et de poursuivre la sécurisation des corridors. Autant de chantiers qui participent à la lutte contre la fraude, à la protection des recettes publiques et à la facilitation du commerce régional.

Des engagements à traduire sur le terrain

Appréciant la qualité des travaux, la ministre déléguée chargée du Budget, Fatoumata Bako/Traoré, a exhorté les responsables douaniers à assurer la mise en œuvre effective des recommandations adoptées. Pour les autorités burkinabè, la coopération douanière doit reposer sur la solidarité, la confiance mutuelle, le partage d’expériences et la recherche de résultats mesurables.

La réussite de cette dynamique dépendra désormais du respect des échéances fixées, de la coordination entre les administrations et de la capacité des équipes techniques à surmonter les difficultés opérationnelles.

A LIRE AUSSI: Coopération douanière AES-Togo : Ouagadougou appelle à passer des engagements aux actes

À travers ces assises, l’AES et le Togo réaffirment ainsi leur volonté de consolider leur coopération douanière et de bâtir des mécanismes plus efficaces au service de l’intégration économique régionale. La prochaine réunion des directeurs généraux des douanes des pays membres de l’AES est annoncée à Niamey, au Niger, en octobre 2027.

D’ici là, l’enjeu sera de transformer les décisions adoptées à Ouagadougou en avancées concrètes pour les administrations, les opérateurs économiques et les populations de l’espace concerné.

Vox Sahel 

Vox Sahel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *