Raffinerie d’or : Le pari burkinabè peut-il doper les banques cotées à la BRVM ?

Raffinerie d’or : Le pari burkinabè peut-il doper les banques cotées à la BRVM ?

Le démarrage de la raffinerie d’or Raffinor-BF ouvre une nouvelle séquence dans la stratégie de valorisation locale du métal jaune. Au-delà des enjeux industriels et budgétaires, cette infrastructure pourrait également modifier les flux financiers captés par les banques burkinabè, notamment BOA Burkina Faso et Coris Bank International. Mais entre la création de valeur, la constitution de dépôts et la hausse des bénéfices bancaires, le chemin est loin d’être automatique.

 L’or burkinabè pourrait bientôt peser davantage sur les bilans des banques locales. Avec l’entrée en scène de Raffinor-BF, le pays entend franchir une nouvelle étape dans la valorisation de sa principale ressource minière : ne plus se limiter à l’extraction et à l’exportation du métal, mais conserver une part plus importante de la chaîne de valeur sur le territoire national.

L’enjeu dépasse donc le seul secteur minier. Une raffinerie d’or constitue potentiellement un nouveau point de concentration de flux financiers. Paiements, fiscalité, salaires, sous-traitance, transport, sécurité, approvisionnement, investissements et prestations de services peuvent alimenter un écosystème économique autour de l’activité industrielle.

Pour les banques opérant au Burkina Faso, et notamment les deux établissements cotés à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), Bank of Africa Burkina Faso (BOA Burkina Faso) et Coris Bank International Burkina Faso, la question est dès lors de savoir dans quelle mesure cette nouvelle dynamique peut se traduire en dépôts, en crédits, en commissions et, finalement, en résultats.

Une raffinerie au cœur de la stratégie de transformation locale

La mise en place de Raffinor-BF traduit la volonté des autorités burkinabè de renforcer la transformation locale de l’or. L’investissement annoncé est d’environ 19 millions de dollars, pour une capacité initiale de traitement estimée à 164 tonnes d’or par an.

L’ambition affichée ne s’arrête cependant pas à cette première capacité. Des perspectives d’extension pourraient porter le potentiel de traitement à environ 515 tonnes par an. À terme, le projet nourrit également l’ambition de positionner le Burkina Faso comme une plateforme régionale de raffinage de l’or en Afrique de l’Ouest.

La structure du capital constitue un autre élément important. L’État burkinabè doit conserver une participation majoritaire de 51 %, à travers la Société nationale des substances précieuses (SONASP), tandis que les investisseurs privés détiennent les 49 % restants.

Cette configuration donne à l’État une position centrale dans la gouvernance de l’outil industriel et, potentiellement, dans la captation d’une partie de la valeur créée.

Mais une capacité de raffinage ne signifie pas, à elle seule, création automatique de richesse. L’impact économique dépendra du volume effectivement traité, des coûts d’exploitation, des conditions d’approvisionnement, des cours de l’or et surtout de la rentabilité réelle de l’entreprise.

De l’or au système financier : le possible effet multiplicateur

L’intérêt économique du projet réside dans les effets indirects qu’il pourrait produire. Le premier niveau est industriel : le raffinage réalisé localement permet de conserver davantage d’activités et de prestations sur le territoire.

Le deuxième niveau concerne les finances publiques. Une entreprise rentable peut contribuer aux recettes de l’État à travers les impôts, taxes et éventuels dividendes liés à sa participation au capital. Le troisième niveau touche l’économie locale. La raffinerie aura besoin de fournisseurs, de prestataires, de transporteurs, de sociétés de sécurité, de techniciens et d’autres acteurs économiques.

C’est à ce stade que le secteur bancaire peut entrer en jeu. Les entreprises intervenant dans cette chaîne peuvent avoir besoin de comptes bancaires, de crédits de trésorerie, de financements d’investissement, de solutions de paiement et de services de commerce extérieur. Les salariés peuvent, eux aussi, accroître leurs recours aux services bancaires.

Le véritable enjeu pour les banques sera donc moins de financer directement la raffinerie que de capter une partie de l’écosystème financier généré autour d’elle.

BOA Burkina Faso : une opportunité sur les dépôts et le financement des PME

Pour BOA Burkina Faso, l’un des premiers canaux potentiels concerne la croissance des dépôts.
Si une partie des revenus supplémentaires générés par l’activité minière et industrielle est effectivement bancarisée, les banques disposant d’un réseau suffisamment dense et d’une offre adaptée peuvent bénéficier d’un accroissement de leurs ressources.

L’autre levier est celui du crédit. Les PME et entreprises sous-traitantes peuvent avoir besoin de lignes de trésorerie, de financements d’équipements ou de crédits destinés à accompagner la croissance de leur activité. Pour BOA Burkina Faso, l’opportunité pourrait donc se situer à plusieurs niveaux : collecte de dépôts, financement des entreprises, gestion des flux et développement des services bancaires.

Toutefois, l’établissement devra composer avec une concurrence forte sur ce marché. La présence d’autres banques, notamment de Coris Bank International, limite la possibilité pour un seul acteur de capter l’ensemble des nouveaux flux.

Coris Bank International : la carte des flux miniers et commerciaux

Coris Bank International dispose également d’un positionnement qui pourrait lui permettre de profiter de l’essor de l’écosystème minier et industriel. La banque pourrait notamment rechercher de nouveaux clients parmi les entreprises directement ou indirectement liées à la chaîne de valeur de l’or.

Le financement du besoin en fonds de roulement, les opérations de paiement, la gestion de trésorerie, les transferts et les services destinés aux entreprises constituent autant de sources potentielles de revenus. Mais là encore, il convient de distinguer opportunité commerciale et bénéfice effectivement réalisé.

Un accroissement des volumes financiers transitant par une banque n’entraîne pas mécaniquement une hausse proportionnelle de son résultat net. La rentabilité dépendra de la nature des opérations, des marges réalisées, du coût des ressources, du niveau de risque et des charges d’exploitation.

Le piège du « ruissellement bancaire »

C’est probablement ici que se situe le principal point de vigilance. L’idée selon laquelle la raffinerie va créer de la valeur, laquelle deviendra des revenus, puis des dépôts bancaires et enfin des bénéfices pour les banques, est économiquement séduisante. Mais elle demeure une chaîne d’hypothèses.

Une partie des revenus générés peut être immédiatement consommée. Une autre peut servir au remboursement de dettes ou au financement d’investissements. Une autre encore peut rester en dehors du système bancaire formel.

La localisation de la valeur créée sera également déterminante. Si une part importante des équipements, prestations ou services est importée, l’effet multiplicateur sur l’économie domestique pourrait être inférieur aux attentes.

Autrement dit, raffiner au Burkina Faso ne signifie pas nécessairement que toute la valeur économique restera au Burkina Faso.

Des dépôts supplémentaires ne garantissent pas davantage de bénéfices

Pour les investisseurs de la BRVM, cette distinction est fondamentale. Une banque peut enregistrer une forte croissance de ses dépôts sans connaître une progression équivalente de son bénéfice.

Pourquoi ? Parce que les dépôts constituent avant tout une ressource. La banque doit ensuite les transformer efficacement en emplois rentables, tout en maîtrisant son coût des ressources et ses risques.

L’équation est donc plus complexe : Dépôts → crédits et placements → revenus bancaires → maîtrise du risque → résultat net. Si les nouveaux dépôts ne sont pas suffisamment transformés en actifs rémunérateurs, leur effet sur la rentabilité peut rester limité.

À l’inverse, une croissance rapide du crédit liée au développement de l’écosystème minier pourrait accroître le produit net bancaire, mais aussi exposer les établissements à davantage de risques si la qualité des emprunteurs n’est pas correctement maîtrisée.

Trois indicateurs permettront de vérifier le véritable impact

Pour mesurer l’effet réel de la raffinerie sur BOA Burkina Faso et Coris Bank International, les prochains états financiers devront être scrutés avec attention.

Premier indicateur : les dépôts de la clientèle. Une accélération durable pourrait signaler que les banques captent effectivement une partie des nouveaux flux financiers.

Deuxième indicateur : les crédits à la clientèle. Leur progression permettra de déterminer si les ressources supplémentaires sont effectivement transformées en financement de l’économie.

Troisième indicateur : le produit net bancaire (PNB). Une hausse durable du PNB serait un signal plus significatif qu’une simple augmentation des dépôts.

Il faudra ensuite examiner le coût du risque, les charges d’exploitation et surtout le résultat net. C’est ce dernier qui permettra de savoir si la nouvelle dynamique économique se transforme réellement en création de valeur pour les actionnaires.

Le potentiel existe. La raffinerie peut contribuer à renforcer la transformation locale, à créer de nouvelles activités industrielles et à densifier les flux financiers domestiques.

Mais entre l’or extrait du sous-sol et le bénéfice inscrit au bilan d’une banque, plusieurs étapes demeurent. La capacité de Raffinor-BF à fonctionner à un niveau élevé, la disponibilité de la matière première, la rentabilité industrielle, la part de valeur effectivement conservée au Burkina Faso, le niveau de bancarisation des acteurs et la capacité des banques à transformer ces nouveaux flux en crédits et services rentables seront déterminants.

Pour BOA Burkina Faso comme pour Coris Bank International, le véritable signal ne sera donc pas le volume d’or raffiné, mais la traduction progressive de cette activité en dépôts durables, en crédits de qualité, en revenus bancaires et, au bout de la chaîne, en bénéfices.

L’or peut ainsi devenir un puissant accélérateur financier. Mais pour les banques cotées à la BRVM, le métal jaune devra encore franchir plusieurs étapes avant de se transformer en or… dans les bilans.

 Par IBK

Vox Sahel

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