Coopération douanière AES-Togo : Ouagadougou appelle à passer des engagements aux actes
Réunis à Ouagadougou les 15 et 16 octobre 2026, les Directeurs généraux des Douanes de l’AES et du Togo sont appelés à dépasser les concertations pour accélérer l’harmonisation des procédures, l’interconnexion des systèmes informatiques et la lutte contre la fraude. Pour le Premier ministre burkinabè, la souveraineté économique se mesure désormais à l’efficacité des actions sur le terrain.
Les déclarations de principe ne suffisent plus. À l’ouverture de la 5ᵉ Rencontre des Directeurs généraux des Douanes de la Confédération des États du Sahel (AES) et du Togo, ce jeudi 15 octobre 2026 à Ouagadougou, le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a appelé les administrations douanières à passer à l’action. L’objectif est clair : transformer les engagements accumulés au fil des précédentes rencontres en mesures concrètes pour fluidifier les échanges commerciaux, sécuriser les frontières et renforcer la mobilisation des recettes publiques.

Placée sous le thème « Harmonisation des procédures douanières pour un commerce fluide et sécurisé dans l’espace AES », cette rencontre, qui se poursuit jusqu’au 16 octobre, intervient à un moment où la maîtrise des flux commerciaux constitue un enjeu majeur de souveraineté économique. Pour les États concernés, il ne s’agit plus seulement de rapprocher les pratiques administratives, mais de bâtir une coopération capable de produire des résultats mesurables.
Interconnecter les systèmes pour mieux combattre la fraude
Au cœur des travaux figure l’interconnexion des systèmes informatiques douaniers de l’AES et du Togo. Ce chantier stratégique doit permettre aux administrations de mieux partager les données, de renforcer la traçabilité des marchandises, notamment en transit, et de détecter plus rapidement les anomalies susceptibles de favoriser la fraude et la contrebande.
L’enjeu est considérable. Lorsque les systèmes communiquent difficilement, les contrôles perdent en efficacité, les formalités peuvent se multiplier et les réseaux frauduleux disposent de marges de manœuvre supplémentaires. À l’inverse, une circulation fiable de l’information peut contribuer à sécuriser les recettes publiques tout en réduisant les obstacles administratifs imposés aux opérateurs économiques.
Mais l’interconnexion ne saurait se limiter à une ambition technique. Elle exige des systèmes compatibles, des données fiables, des agents bien formés et des mécanismes de coordination opérationnels. La migration envisagée vers ASY5, nouvelle génération du système SYDONIA, s’inscrit dans cette dynamique de modernisation.

Sécurité et fluidité : un équilibre à imposer
Le renforcement des contrôles ne doit pas devenir un frein au commerce légitime. C’est l’un des messages forts portés à l’ouverture des travaux : les administrations douanières doivent conjuguer vigilance et célérité, rigueur et simplification.
Pour le Premier ministre, la consolidation des acquis des quatre précédentes rencontres doit désormais se traduire par des avancées visibles. La coopération douanière est appelée à répondre à une double exigence : empêcher les pratiques illicites qui privent les États de ressources et faciliter les échanges dont dépendent les activités économiques.
Cette orientation rejoint les préoccupations exprimées par la ministre déléguée chargée du Budget, Fatoumata Bako/Traoré, représentant le ministre de l’Économie et des Finances, le Dr Aboubakar Nacanabo. Elle a notamment insisté sur l’accélération de l’interconnexion des systèmes, la progression des travaux sur le régime tarifaire préférentiel et les règles d’origine, ainsi que le renforcement des capacités des agents.
Autant de dossiers qui conditionnent la construction d’un espace douanier confédéral plus cohérent, où les marchandises peuvent circuler selon des règles mieux harmonisées, sans affaiblir les mécanismes de contrôle.
Des engagements aux responsabilités clairement définies
La réussite de cette coopération dépendra aussi de la capacité des administrations à dépasser les cloisonnements nationaux. Le président de la Commission nationale de la Confédération des États du Sahel (CN-CES), Bassolma Bazié, a souligné l’importance de consolider les liens entre les douanes de l’AES et du Togo, notamment à travers le partage d’informations, l’harmonisation des procédures et la lutte contre les trafics illicites.

Les responsables douaniers du Mali et du Niger ont, de leur côté, mis l’accent sur le suivi des recommandations, la circulation des données et la prise en compte des attentes des opérateurs économiques. Le représentant du Commissaire général de l’Office togolais des recettes (OTR) a également réaffirmé la volonté du Togo de poursuivre cette coopération et d’accélérer la mise en œuvre des mesures convenues.
Toutefois, le véritable test se situera au-delà des discours. Les conclusions de la rencontre devront déboucher sur des décisions précises, des responsabilités clairement attribuées et un calendrier d’exécution permettant d’évaluer les progrès accomplis.
La souveraineté économique à l’épreuve des résultats
Pour les pays de l’AES et le Togo, la coopération douanière représente un levier de mobilisation des ressources, de protection des économies nationales et de sécurisation des échanges. Elle engage également la crédibilité des administrations face aux opérateurs économiques, qui attendent des procédures plus simples, plus prévisibles et plus rapides.
À Ouagadougou, le message du gouvernement burkinabè est donc sans ambiguïté : l’heure est à l’exécution. L’interconnexion des systèmes, l’harmonisation tarifaire et la lutte contre la fraude ne peuvent rester des objectifs affichés sans traduction opérationnelle.

La 5ᵉ Rencontre des Directeurs généraux des Douanes de l’AES et du Togo devra ainsi démontrer qu’une coopération renforcée peut produire des effets tangibles : moins de lourdeurs administratives, des contrôles plus efficaces, des recettes mieux sécurisées et une circulation des marchandises davantage maîtrisée.
La souveraineté économique ne se décrète pas. Elle se construit par des procédures harmonisées, des administrations coordonnées et des résultats vérifiables. C’est désormais à cette exigence que les douanes de l’AES et du Togo sont appelées à répondre.

