Opération zéro poulailler vide : Remplir les poulaillers, mais surtout débloquer la filière
L’opération « Zéro poulailler vide » annoncée par le Gouvernement burkinabè mérite d’être saluée. Dans un contexte où la disponibilité des produits avicoles demeure un enjeu important pour les ménages comme pour les acteurs de la filière, cette initiative peut apporter un bol d’air à de nombreux producteurs. En dotant 500 promoteurs disposant déjà d’un cadre approprié de kits d’élevage, l’État entend relancer la production et contribuer au renforcement de la souveraineté alimentaire.
Le choix d’accompagner aussi bien l’aviculture moderne que l’élevage traditionnel de reproduction est particulièrement intéressant. Les kits annoncés, comprenant poussins, volailles adultes, aliments, produits vétérinaires et suivi sanitaire, peuvent permettre à des acteurs de reprendre ou d’intensifier leurs activités. C’est donc une mesure concrète qui, espérons-le, soulagera tant soit peu les producteurs et contribuera, à terme, à améliorer l’offre sur les marchés.
Mais il faudra surtout veiller à ce que cette opération produise des effets durables. Car le problème de la filière avicole ne se résume pas à des poulaillers vides. Si certains sont aujourd’hui vides, c’est bien parce que des difficultés structurelles ont conduit des producteurs à réduire leurs activités, voire à abandonner. Il faut donc aller au-delà de l’urgence et poser un véritable diagnostic de la filière.
Pourquoi produire devient-il si difficile ? Quels sont les véritables goulots d’étranglement ? Le coût et la disponibilité des aliments, l’accès aux poussins, la qualité des intrants, les maladies, l’accès au financement, la commercialisation, les circuits de distribution ou encore la formation des producteurs doivent être examinés sans complaisance.
Car injecter des ressources dans une filière sans traiter ses blocages fondamentaux reviendrait à remplir les poulaillers aujourd’hui pour les retrouver vides demain. Le risque serait alors de multiplier les opérations ponctuelles sans parvenir à installer une véritable dynamique de croissance. Et au bout de la chaîne, c’est toujours le consommateur qui subit les désidératas des uns et des autres. Lorsque la production baisse, les prix augmentent.
Lorsque les coûts de production explosent, le consommateur paie la facture. Lorsque les circuits d’approvisionnement fonctionnent mal, c’est encore lui qui en fait les frais. « Zéro poulailler vide » doit donc être le début d’une réponse globale et non une simple opération de circonstance. Il faut identifier les blocages, les traiter durablement et créer les conditions permettant aux producteurs de vivre réellement de leur activité.
L’ambition doit être claire, c’est produire davantage, produire mieux, à des coûts maîtrisés et permettre aux populations d’accéder à des produits avicoles disponibles et abordables. C’est à cette condition que l’opération « Zéro poulailler vide » pourra véritablement contribuer à la souveraineté alimentaire du Burkina Faso. Remplir les poulaillers est une bonne chose. Mais le véritable défi est de faire en sorte qu’ils ne se vident plus.
La Rédaction

