EDITO/Lutte contre le Paludisme au Burkina : La guerre se gagne aussi devant nos portes
Le Burkina Faso vient d’ouvrir un nouveau front dans la lutte contre le paludisme. Avec le lancement des Journées nationales de lutte antivectorielle (JNLAV) 2026, le gouvernement fait le choix de s’attaquer au mal à sa source : les gîtes larvaires. Une orientation à saluer, car elle place la prévention et l’assainissement au cœur d’une bataille qui coûte chaque année des vies, des ressources et des journées de travail au pays. Le message est simple, mais sa portée est immense : pour combattre le moustique, il faut d’abord lui enlever son terrain de reproduction.
Eaux stagnantes, pneus usagés, récipients abandonnés, caniveaux obstrués, herbes envahissantes… autant de petits détails qui, accumulés, deviennent de véritables fabriques de moustiques. Et trop souvent, ces gîtes se trouvent à quelques mètres seulement de nos maisons. C’est pourquoi l’initiative des JNLAV mérite d’être saluée.
Pendant quatre passages, d’août à novembre, des équipes seront mobilisées dans les quartiers, les villages et les concessions pour sensibiliser, identifier et détruire les gîtes larvaires. Le fait que des membres du gouvernement aient eux-mêmes pris les outils pour participer au curage des caniveaux et à l’assainissement donne une dimension particulière à cette opération.
Le geste vaut ici autant que le discours. Si cette dynamique est maintenue et réellement appropriée par les populations, elle peut contribuer à faire reculer drastiquement le paludisme au Burkina Faso. Mais il serait illusoire de penser qu’une campagne, aussi importante soit-elle, peut à elle seule vaincre la maladie. La réussite dépendra surtout de la capacité de chaque citoyen à prolonger l’action publique par des gestes simples et quotidiens.
Il faut donc le dire sans détour : la propreté est aussi un acte patriotique. Assainir sa cour, vider une eau stagnante, couvrir les récipients, curer un caniveau devant sa concession, ramasser les objets susceptibles de retenir l’eau, désherber les abords de son domicile ne sont pas de simples gestes ménagers. Ce sont des actes de protection de la communauté et de contribution à l’effort national.
Le patriotisme ne se mesure pas uniquement aux grands discours, aux drapeaux brandis ou aux slogans scandés. Il se vérifie également dans notre comportement quotidien. Un citoyen qui entretient son environnement protège sa famille, mais protège aussi son voisin. Celui qui laisse volontairement proliférer les gîtes larvaires devient, malgré lui, un maillon de la chaîne de transmission du paludisme.
Le combat contre cette maladie doit donc devenir une affaire de conscience collective. Les autorités doivent poursuivre les opérations d’assainissement, renforcer la sensibilisation et veiller à la régularité des actions. Les collectivités doivent prendre leur part. Les familles, les associations, les écoles, les marchés et les entreprises doivent également s’engager. Car un Burkina qui aspire à être fort, résilient et souverain ne peut accepter que le paludisme continue de faucher des vies et d’affaiblir sa population.
Un peuple malade est un peuple vulnérable ; un peuple qui prévient et protège sa santé est un peuple qui se donne les moyens d’avancer. Les JNLAV ne doivent donc pas être perçues comme une simple campagne de plus. Elles doivent devenir le point de départ d’un changement durable de comportement.
A chacun désormais de prendre son balai, sa pelle, sa volonté et sa responsabilité. La guerre contre le paludisme commence peut-être par une décision toute simple : ne plus laisser l’eau stagner devant sa porte. Nettoyer son cadre de vie, c’est sauver des vies. Et au Burkina Faso, sauver des vies est aussi une manière de servir la patrie.
La Rédaction

