Stanislas Zézé : « Le Sahel se réorganise et transforme les crises en opportunités économiques »

Stanislas Zézé : « Le Sahel se réorganise et transforme les crises en opportunités économiques »

Pour Stanislas Zézé, le Sahel redéfinit son modèle économique malgré un environnement à risque

 Alors que les investisseurs internationaux continuent d’associer le Sahel à un environnement de forte instabilité politique et sécuritaire, Stanislas Zézé défend une lecture plus nuancée de la région. Invité sur France 24, le fondateur de Bloomfield Investment Corporation estime que les marchés surestiment le risque et sous-évaluent les profondes mutations économiques engagées par plusieurs États sahéliens.

Selon lui, les changements politiques intervenus ces dernières années ne traduisent pas un affaiblissement structurel des économies concernées, mais une phase de reconfiguration de leurs priorités. « La perception du risque de la région est certainement exagérée depuis Paris ou d’autres capitales occidentales », affirme-t-il, estimant que les analyses internationales restent largement influencées par le contexte sécuritaire.

L’analyste souligne que les pays de l’Alliance des États du Sahel ont certes quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur le plan politique, mais qu’ils ont conservé leur appartenance à la zone CFA. Ce maintien, selon lui, reflète une volonté de préserver la stabilité monétaire tout en poursuivant une réorientation progressive de leurs politiques économiques.

Pour Stanislas Zézé, cette transition s’accompagne d’une montée en puissance des stratégies de développement fondées sur les capacités nationales. Il cite le Burkina Faso comme illustration de cette évolution, évoquant les politiques destinées à renforcer la production locale, soutenir les entreprises nationales et créer davantage de valeur ajoutée à l’intérieur du pays. L’adoption du Faso Danfani comme tissu privilégié pour les tenues de nombreuses administrations publiques est, à ses yeux, un exemple de politique industrielle cherchant à stimuler une filière domestique plutôt qu’à dépendre des importations.

L’entrepreneur ivoirien estime également que les fondamentaux macroéconomiques des pays sahéliens ont fait preuve d’une résilience supérieure aux anticipations. Malgré les crises successives, plusieurs économies de la région continuent d’afficher des taux de croissance soutenus et conservent un accès au marché financier régional, un indicateur qu’il considère comme révélateur d’une confiance persistante des investisseurs régionaux.

Cette résilience ne signifie toutefois pas que les risques aient disparu. Stanislas Zézé identifie le risque sociopolitique comme la principale source d’incertitude pour les entreprises et les investisseurs. Mais il souligne que les économies sahéliennes ont développé, au fil des deux dernières décennies, une capacité d’adaptation qui leur permet d’absorber les chocs et de renouer relativement rapidement avec une trajectoire de croissance.

L’un des changements les plus significatifs concerne, selon lui, l’évolution de la présence des groupes internationaux sur le continent. Le retrait de certaines banques européennes est souvent interprété comme un désengagement lié à la montée des risques. Stanislas Zézé y voit plutôt une redistribution des actifs au profit d’acteurs africains.

À ses yeux, les acquisitions de filiales bancaires par des groupes africains représentent une opportunité stratégique de renforcer la souveraineté financière du continent. Le contrôle des institutions financières est, affirme-t-il, un élément déterminant pour orienter l’épargne vers le financement des économies nationales et accompagner les ambitions d’industrialisation.

Au-delà des incertitudes géopolitiques, Stanislas Zézé défend ainsi l’idée que le Sahel entre dans une nouvelle phase de son développement économique. Pour les investisseurs, conclut-il, l’enjeu consiste moins à ignorer les risques qu’à distinguer les fragilités conjoncturelles des transformations structurelles susceptibles de remodeler les perspectives économiques de la région.

Par Vox Sahel 

Vox Sahel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *