EDITO/Création d’un nouveau parti politique par le président sénégalais : Kiiraay, le parti qui acte la rupture entre Faye et Sonko
La création du parti « Kiiraay, Les Patriotes républicains » par le président Bassirou Diomaye Faye n’est pas un simple fait politique. Elle constitue un tournant majeur dans la vie politique sénégalaise et pourrait bien redessiner les rapports de force au sommet de l’Etat. Derrière ce nom, qui signifie « protection » ou « bouclier » en wolof, se cache une réalité autrement plus lourde de conséquences : la naissance d’un parti présidentiel distinct du PASTEF, la formation politique qui a porté Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko jusqu’aux portes du pouvoir.
Officiellement, Kiiraay a pour vocation de consolider les acquis de la coalition « Diomaye Président » et de rassembler toutes les forces qui adhèrent au projet du chef de l’Etat. Mais, dans les faits, cette initiative sonne comme la confirmation d’une rupture politique entre les deux hommes qui avaient incarné, aux yeux des Sénégalais, un tandem indissociable.
Pendant des années, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye ont marché côte à côte. L’un apparaissait comme le stratège et le tribun, l’autre comme le visage de la continuité et de l’apaisement. Leur complémentarité avait nourri un immense espoir auprès d’une jeunesse en quête de changement et d’une gouvernance plus vertueuse. Aujourd’hui, cet équilibre semble voler en éclats. Le risque est réel.
En lançant sa propre formation politique tout en invitant les responsables du PASTEF à le rejoindre, Bassirou Diomaye Faye ouvre la voie à une compétition directe avec son ancien parti. En face, le PASTEF demeure solidement ancré autour de la personnalité d’Ousmane Sonko. Les deux camps vont inévitablement chercher à affirmer leur suprématie sur le même espace politique, celui des « patriotes ». Une bataille de leadership paraît désormais difficile à éviter.
Or, lorsque deux hommes qui ont bâti ensemble une victoire historique se retrouvent dans des camps opposés, les conséquences dépassent largement leurs ambitions personnelles. Les rivalités politiques finissent souvent par ralentir l’action publique, diviser les militants, fragiliser les institutions et détourner l’attention des véritables priorités nationales. Pendant que les états-majors s’affrontent, ce sont les citoyens qui attendent toujours des réponses à leurs préoccupations quotidiennes.
Le Sénégal traverse une période où les attentes sociales sont immenses. L’emploi des jeunes, le coût de la vie, les réformes économiques, la justice sociale et la consolidation des institutions exigent une mobilisation totale des énergies. Une guerre politique entre Kiiraay et le PASTEF risquerait de détourner le pouvoir de ces priorités essentielles. Il serait toutefois prématuré de conclure à une rupture irréversible.
En politique, les divergences peuvent être surmontées lorsque l’intérêt supérieur de la Nation prévaut sur les intérêts partisans. Encore faut-il que les protagonistes fassent preuve de retenue, de responsabilité et de maturité. Les Sénégalais n’ont pas voté pour assister à une querelle entre deux anciens compagnons de lutte. Ils ont voté pour un projet de transformation nationale.
L’histoire politique est riche d’alliances qui se sont brisées après la conquête du pouvoir. Mais elle enseigne également qu’aucune victoire durable ne peut être bâtie sur les divisions internes. Si Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko choisissent l’affrontement permanent, ils risquent tous deux d’y laisser une partie de leur capital politique. Le premier pourrait voir son action gouvernementale constamment perturbée, tandis que le second pourrait perdre une partie de son influence en apparaissant comme le chef d’une opposition interne. Au-delà des deux hommes, c’est l’avenir du Sénégal qui est en jeu.
Les populations n’ont rien à gagner d’une guéguerre politique entre deux figures qui symbolisaient hier encore le renouveau. Elles attendent des résultats, des réformes et une gouvernance exemplaire. Gageons donc que la naissance de Kiiraay ne sera pas le point de départ d’un duel fratricide entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Car si ces deux amis d’hier deviennent des adversaires irréconciliables, ils pourraient découvrir que, dans une telle bataille, il n’y a souvent ni véritable vainqueur, ni véritable vaincu. Les premiers perdants seraient, une fois encore, le peuple sénégalais et les immenses espoirs qu’il avait placés en eux.
La Rédaction

