Mutinerie au Niger : Il faut davantage renforcer la vigilance pour préserver l’AES
La tentative de mutinerie survenue à Niamey doit certes être saluée pour la promptitude avec laquelle les forces loyalistes ont réagi. Leur intervention a permis de contenir rapidement la situation et d’éviter que la capitale nigérienne ne bascule dans une crise aux conséquences imprévisibles. Mais au-delà de cette réaction, l’épisode doit surtout interpeller les dirigeants sur une question essentielle : comment en est-on arrivé là et comment éviter qu’une telle situation ne se reproduise ?
Il ne suffit pas de neutraliser une mutinerie lorsqu’elle éclate. Il faut surtout être capable de la prévenir. Et cela passe nécessairement par un renseignement militaire et sécuritaire performant, capable de détecter suffisamment tôt les signes de mécontentement, les mouvements suspects et les éventuelles tentatives de déstabilisation.
Les autorités doivent donc renforcer considérablement leurs dispositifs de renseignement et d’anticipation. Lorsqu’une grogne apparaît au sein des forces armées, elle ne doit pas être ignorée jusqu’à ce qu’elle se transforme en affrontement. Il faut pouvoir l’identifier, en comprendre les causes et apporter rapidement des réponses appropriées. Prévenir une crise coûte toujours moins cher que gérer ses conséquences.
Il serait également dangereux de considérer toute manifestation de mécontentement dans l’armée sous le seul prisme de l’indiscipline. Une grogne peut parfois révéler des frustrations, des incompréhensions ou des difficultés qu’il faut savoir écouter et traiter avant qu’elles ne deviennent explosives. Le dialogue interne, l’écoute des troupes et la remontée efficace de l’information doivent donc faire partie intégrante de la stratégie de prévention.
Le Niger ne peut surtout pas se permettre une nouvelle crise interne. Le pays fait déjà face à une menace terroriste persistante et à d’immenses défis économiques, sociaux et sécuritaires. Une déstabilisation politique ou militaire ouvrirait une nouvelle brèche dans un édifice qui doit, au contraire, être consolidé. Et l’enjeu dépasse largement les frontières nigériennes. Si le Niger est déstabilisé, c’est l’ensemble de l’AES qui en subira les conséquences.
Le Burkina Faso et le Mali ne peuvent donc considérer ce qui s’est passé à Niamey comme une affaire exclusivement nigérienne. La sécurité et la stabilité de chacun des trois États sont désormais étroitement liées. Une crise majeure dans l’un pourrait fragiliser les deux autres et porter un coup à la dynamique commune. C’est pourquoi la solidarité affichée par l’AES à l’endroit du Niger est à saluer. Mais cette solidarité doit désormais se traduire davantage dans l’anticipation.
Le renseignement, le partage d’informations, la surveillance des menaces et la prévention des crises doivent être renforcés au niveau de la Confédération. L’AES ne doit pas attendre qu’un problème devienne une crise pour réagir. Elle doit apprendre à détecter les signaux faibles, à les analyser et à agir avant qu’ils ne deviennent incontrôlables. Il faut aussi que les dirigeants restent attentifs à l’état d’esprit des forces armées.
Le temps est donc venu de tirer toutes les leçons de ce qui s’est passé à Niamey. La réponse des forces loyalistes a été prompte, la solidarité de l’AES a été clairement exprimée. Mais le véritable succès serait que plus aucune tentative de cette nature ne puisse surprendre les autorités. L’AES est encore en construction. Elle doit donc protéger sa cohésion comme un bien précieux. Toute crise majeure dans l’un de ses États serait un recul pour les trois.
À l’inverse, chaque difficulté surmontée collectivement peut contribuer à renforcer la Confédération. Il faut désormais passer de la réaction à l’anticipation, de la gestion des crises à leur prévention. Renforcer le renseignement, écouter les forces armées, traiter rapidement les foyers de mécontentement et consolider la coopération entre les trois États. Car dans le contexte actuel, la meilleure victoire pour l’AES ne sera pas seulement de savoir vaincre une tentative de déstabilisation. Ce sera surtout de savoir empêcher qu’elle ne puisse se produire.
La Rédaction

