DECRYPT/Afrique de l’Ouest : la CEDEAO de plus en plus fragilisée

DECRYPT/Afrique de l’Ouest : la CEDEAO de plus en plus fragilisée

Le retrait récent du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) marque un tournant majeur dans l’évolution géopolitique de la région sahélienne et ouest-africaine. La CEDEAO, créée en 1975, a pour objectif principal de promouvoir l’intégration économique, la stabilité politique et la coopération sécuritaire entre ses quinze États membres. Elle dispose de mécanismes contraignants, tels que des sanctions économiques et des interventions diplomatiques, pour encourager la démocratie et la paix. Cependant, la décision des trois pays de quitter l’organisation met en lumière les limites de ces mécanismes face à des gouvernements fragilisés par l’insécurité persistante.

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La création simultanée d’une confédération au sein de l’Alliance des États du Sahel illustre un basculement vers une logique régionale alternative, centrée sur la coopération militaire et sécuritaire pour faire face à la menace croissante du terrorisme. Le Sahel, marqué par des violences endémiques et la présence active de groupes armés, devient un terrain où la diplomatie traditionnelle de la CEDEAO semble impuissante. Les forces de l’Alliance des États du Sahel pourraient offrir une réponse plus directe aux crises locales, mais cette initiative soulève également des questions sur la viabilité économique, la légitimité internationale et le risque d’isolement face aux partenaires ouest-africains et internationaux.

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La crise sécuritaire au Nigeria, avec l’essor de groupes terroristes comme Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest, illustre l’ampleur du défi. Le pays, pivot économique et démographique de la région, subit des attaques quasi quotidiennes, mettant à l’épreuve non seulement ses forces de sécurité, mais aussi la capacité de la CEDEAO à coordonner une réponse collective efficace. De manière similaire, les coups d’État récents, comme celui en Guinée-Bissau, témoignent d’une instabilité politique croissante dans la région et fragilisent encore davantage le cadre institutionnel ouest-africain.

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Le terrorisme dans les pays de l’Ouest du continent africain, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, exacerbe cette dynamique. La population est confrontée à des déplacements massifs, à des attaques contre les civils et à l’affaiblissement des structures étatiques. Dans ce contexte, le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO pourrait accélérer un isolement politique et économique, rendant la route vers la marginalisation quasi inévitable. La CEDEAO, qui s’est historiquement appuyée sur la coopération et la sanction pour réguler les crises, se retrouve face à un dilemme stratégique : poursuivre son rôle d’organisation panafricaine ou assister à la fragmentation d’un bloc régional crucial pour la stabilité du continent.

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En somme, ces événements posent une question cruciale : la CEDEAO pourra-t-elle maintenir son influence et son rôle stabilisateur, ou est-elle en train de glisser vers une impuissance progressive, laissant la voie libre à des alliances régionales plus militarisées mais politiquement fragiles ? L’avenir du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest semble suspendu à la capacité des États de la région à concilier souveraineté nationale, coopération régionale et lutte contre le terrorisme.

Par Vox Sahel 

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