AES face à la CEDEAO : Quels leviers économiques pour atténuer l’impact du retrait ?

AES face à la CEDEAO : Quels leviers économiques pour atténuer l’impact du retrait ?

Dans un contexte marqué par la sortie annoncée du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de nombreuses interrogations émergentes quant aux impacts économiques et sociaux de cette décision. Le professeur agrégé Oumar Zallé, chef du département du Master en économie appliquée à l’université Norbert-Zongo, apporte un éclairage sur les atouts et les leviers dont disposent ces pays pour faire face aux défis à venir.

Pour le Pr Zallé, l’un des principaux leviers réside dans l’exploitation des ressources naturelles. « Le Burkina Faso et le Mali possèdent d’importantes réserves d’or, tandis que le Niger est riche en uranium, en pétrole et en gaz. Une meilleure exploitation et transformation locale de ces ressources permettra à ces États d’atténuer les pertes économiques liée à leur sortie de la CEDEAO », explique-t-il. L’industrialisation et la diversification de ces secteurs apparaissent ainsi comme des axes stratégiques à privilégier.

Au-delà des ressources naturelles, la coopération entre les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) pourrait jouer un rôle clé. « Si ces pays parviennent à structurer leurs politiques économiques, à renforcer leur commerce interne et à éliminer les barrières non tarifaires, cela favoriserait une dynamique économique plus intégrée et plus résiliente », souligne l’expert. La facilitation des échanges intra-AES permettra ainsi de compenser une partie des pertes engendrées par la sortie du marché commun de la CEDEAO.

Le contexte actuel de crise et d’affirmation souverainiste pourrait également constituer un atout. « Ces situations renforcent souvent le sentiment d’appartenance et de nationalisme, ce qui prédispose les populations à accepter certaines politiques d’austérité à court terme pour soutenir le développement économique », note le Pr Zallé. Ce facteur psychologique pourrait donc favoriser l’adhésion populaire aux réformes nécessaires.

D’un point de vue institutionnel, le succès de l’AES dépendra aussi de la capacité des gouvernements à mettre en place des réformes économiques et structurelles adaptées. « La lutte contre la corruption et une meilleure gestion des ressources seront déterminantes pour assurer la stabilité et la croissance économique de cette nouvelle alliance », ajoute-t-il.

Malgré leur retrait de la CEDEAO, les trois pays conservent leur appartenance à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), ce qui leur permet de maintenir certaines relations commerciales avec les autres États membres. Par ailleurs, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) pourrait offrir de nouvelles perspectives d’ouverture économique. « Avec la ZLECAF, la question des restrictions sous-régionales pourrait progressivement s’estomper au profit d’un marché africain élargi », explique le Pr Zallé.

Si la sortie de la CEDEAO présente des défis de taille, les pays de l’AES disposent néanmoins de plusieurs leviers pour atténuer les coûts économiques et sociaux. L’optimisation de leurs ressources naturelles, le renforcement des échanges intra-AES, la mobilisation sociale et la mise en place de réformes institutionnelles adaptées seront autant d’éléments déterminants pour assurer la viabilité économique de cette nouvelle alliance.

Par Vox Sahel

Source : Sidwaya

Vox Sahel

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