Elevage : « Le Mali, le Burkina et le Niger, berceau principal de la matrice territoriale bétail de la CEDEAO », Dr Modibo Hamadoun Bocoum

Elevage : « Le Mali, le Burkina et le Niger, berceau principal de la matrice territoriale bétail de la CEDEAO », Dr Modibo Hamadoun Bocoum

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, souvent perçus uniquement à travers le prisme sécuritaire, recèlent pourtant un atout stratégique majeur : l’élevage. Pour le Dr Modibo Hamadoun Bocoum, agro-économiste et consultant international, ces trois pays réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) sont les véritables berceaux de l’élevage en Afrique, et peuvent devenir une puissance économique majeure à l’échelle continentale voire mondiale grâce à ce secteur.

« Avec une bonne organisation, l’AES peut devenir une véritable puissance dans le domaine de l’élevage », affirme-t-il avec conviction. Président du Groupe Pivot Emploi au Sahel et initiateur du programme Schindel-Emploi, le Dr Bocoum plaide pour une stratégie structurée et ambitieuse, capable de transformer le potentiel pastoral de ces pays en véritable levier de développement.

Une économie « matricielle » à fort rendement

 Selon lui, le bétail constitue une matrice territoriale stratégique pour ces États, au cœur même des économies locales. « Le Mali, le Burkina et le Niger, c’est le berceau principal de la matrice territoriale bétail de la CEDEAO », rappelle-t-il. À cela s’ajoute un avantage comparatif de taille : une viande naturellement halal, qui séduit déjà les pays du Golfe.

En 2016, lors d’une rencontre à Jeddah organisée par l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), l’expert a réussi à faire représenter le Mali pour discuter d’opportunités commerciales autour de la viande halal. Les marchés du Moyen-Orient, en forte demande, représentent une mine d’or pour les exportations sahéliennes.

500 000 bovins par an : un objectif réaliste

 Dans une projection audacieuse mais réaliste, le Dr Bocoum évoque la possibilité pour l’AES de répondre à 1 % de la demande halal de l’OCI, soit l’équivalent d’environ 500 000 têtes de bovins à abattre chaque année. Pour ce faire, il préconise la mise en place d’abattoirs centraux certifiés aux normes internationales (ISO 22000 et halal) au Burkina Faso et au Niger.

Cette industrialisation de l’abattage serait couplée à la création de trusts de culture fourragère, afin de garantir une alimentation de qualité pour le bétail, tout en assurant un suivi sanitaire strict. « On est naturellement halal, mais il faut quand même donner de la paperasse », rappelle-t-il avec pragmatisme.

L’OMC et le halal : une opportunité à saisir

 Fait intéressant : l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) aurait peu de moyens d’entraver ce commerce, tant le marché du halal échappe aux circuits classiques. « Le halal, c’est vraiment une lecture difficile pour l’OMC », souligne le consultant, laissant entrevoir un espace de manœuvre considérable pour les pays du Sahel.

Une pluie de devises à portée de main

 À Dubaï, à La Mecque ou à Abou Dhabi, le prix du kilo de viande bovine atteint des sommets. En capitalisant sur cette demande, les États sahéliens pourraient faire entrer des tonnes de devises, redonnant ainsi un souffle économique à des pays enclavés, souvent dépendants de l’aide extérieure.

Le Sahel, « grainier » et « boucherie » de l’Afrique

Au-delà de la viande, Dr Bocoum croit aussi au potentiel agricole global de la région. « L’ARS, si elle veut et elle s’y applique, peut devenir une puissance agricole en Afrique. Un grainier extraordinaire. » De quoi transformer l’image du Sahel, de zone fragile à bastion stratégique de l’agrobusiness africain. Un défi immense, mais à portée de main si la vision s’accompagne d’actions concrètes, coordonnées et audacieuses.

       Par la Rédaction

Vox Sahel

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