Alliance des États du Sahel : Défis et opportunités d’une nouvelle puissance économique
Professeur Oumarou Zallé, agrégé en sciences économiques : « Les pays de l’AES n’ont pas nécessairement à considérer le fait de ne pas avoir accès à la mer comme une fatalité »
L’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, suscite de nombreux débats quant à sa viabilité économique. Pour certains observateurs, l’absence d’accès à la mer et les défis sécuritaires constituent des obstacles majeurs à son développement. Cependant, le professeur Oumar Zallé, agrégé en sciences économiques et chef du département du deuxième cycle en économie appliquée à l’université Norbert-Zongo, estime que la réussite de l’AES dépend avant tout de la volonté politique et d’une stratégie économique bien définie.
Selon le Pr Zallé, la première condition pour assurer la viabilité économique de l’AES repose sur l’engagement des dirigeants à structurer cet espace de coopération. « L’engagement politique est très important ! Si on faillit à ce niveau, systématiquement, rien ne va marcher », affirme-t-il. En d’autres termes, il ne suffit pas de créer une alliance économique, encore faut-il la doter de mécanismes concrets pour garantir son efficacité.
L’économiste souligne également que la mise en place de projets structurants à l’échelle des trois pays est essentielle pour favoriser l’intégration économique et l’essor commercial de la zone. L’élimination des barrières commerciales, le développement des infrastructures et la coordination des politiques économiques figurent parmi les principaux leviers d’action.
Le Pr Zallé insiste sur la nécessité d’une diversification économique au sein de l’AES afin d’éviter une duplication des modèles économiques nationaux. « Il faut travailler à diversifier les économies pour rendre les trois pays complémentaires », explique-t-il. Cela implique un renforcement des secteurs productifs et une valorisation des ressources locales afin de favoriser une croissance inclusive et durable.
En outre, la stabilité sécuritaire demeure un enjeu crucial. L’expert estime que sans un renforcement de la coopération militaire et une lutte efficace contre l’insécurité, aucun projet économique ne pourra prospérer.
L’un des principaux arguments des sceptiques repose sur le fait que les pays de l’AES sont enclavés. Toutefois, pour le Pr Zallé, cet obstacle peut être surmonté grâce à des stratégies adaptées. Il met en avant le potentiel de développement des infrastructures de transport, notamment le chemin de fer, qui permettra d’améliorer la connectivité entre les trois États et avec les pays côtiers.
Il rappelle que ces nations ne sont pas en rupture totale avec les États ayant un accès à la mer, et que des accords commerciaux et des investissements dans la logistique peuvent bénéficier de ce handicap. « Les pays de l’AES n’ont pas nécessairement à considérer le fait de ne pas avoir accès à la mer comme une fatalité », affirme-t-il, prenant pour exemple le rôle stratégique du port de Lomé pour les pays voisins.
Malgré les défis, l’AES dispose d’atouts économiques significatifs, notamment une richesse en ressources naturelles et un positionnement géographique stratégique. Pour garantir son succès, une feuille de route claire, axée sur la coopération, la diversification économique et le développement des infrastructures, doit être mise en place.
L’AES a ainsi le potentiel de devenir une zone économique dynamique, à condition que ses membres adoptent une approche proactive et concertée pour assurer sa viabilité à long terme.
Par Vox Sahel
Source : Sidwaya

