Burkina Faso : La Ferme Djoda forme une nouvelle génération de producteurs

Burkina Faso : La Ferme Djoda forme une nouvelle génération de producteurs

À contre-courant des contraintes climatiques du Sahel, la culture de l’ananas commence à s’imposer comme une nouvelle niche agricole au Burkina Faso. Portée par des producteurs pionniers, la filière mise désormais sur la montée en compétences des entrepreneurs agricoles pour structurer une production locale à fort potentiel économique.

Les 20 et 21 juin à Bobo-Dioulasso, puis les 4 et 5 juillet 2026 à Ouagadougou, la Ferme Djoda, considérée comme la pionnière de la culture de l’ananas au Burkina Faso, a organisé deux sessions de formation destinées aux producteurs, investisseurs agricoles et porteurs de projets.

Au-delà de l’apprentissage technique, l’initiative traduit une ambition plus large : bâtir une filière capable de répondre à une demande nationale encore largement satisfaite par les importations et de créer, à terme, une nouvelle source de revenus pour les exploitations agricoles burkinabè.

Pendant deux jours, les participants ont été formés aux itinéraires techniques adaptés aux conditions sahéliennes, à la production de rejets, à la gestion des plantations ainsi qu’aux stratégies de commercialisation. Chaque apprenant est également reparti avec un manuel technique élaboré à partir de plusieurs années d’expérimentation sur le terrain.

Joyceline Salomé Yaméogo, promotrice agricole
Joyceline Salomé Yaméogo, promotrice agricole, participante

Pour Joyceline Salomé Yaméogo, promotrice agricole, cette formation a levé plusieurs idées reçues sur la faisabilité de cette culture au Burkina Faso. « Je pensais qu’il était impossible de produire de l’ananas dans notre contexte sahélien, notamment dans le Centre du pays où se trouve ma ferme. Après ces deux jours de formation, je suis convaincue du contraire. Les résultats obtenus par d’autres producteurs montrent que cette culture est réalisable, même sur des sols difficiles. »

Déjà active dans la production céréalière, elle voit dans l’ananas une opportunité de diversification à plus forte valeur ajoutée. « Les expériences menées au Bénin et en Côte d’Ivoire démontrent la rentabilité de cette spéculation. Cette formation m’a apporté les bases nécessaires pour envisager un investissement avec davantage de confiance. »

Oumarou Compaoré, promoteur de la Ferme Djoda et principal formateur
Oumarou Compaoré, promoteur de la Ferme Djoda et principal formateur

Selon Oumarou Compaoré, promoteur de la Ferme Djoda et principal formateur, l’intérêt pour cette culture progresse rapidement depuis trois ans. « Depuis 2023, nous observons un engouement croissant pour cette filière. Les politiques de diversification agricole et la recherche de cultures plus rémunératrices encouragent de nombreux Burkinabè à s’y intéresser. »

Pour le promoteur, cette dynamique commence déjà à se traduire par une meilleure organisation des producteurs. Deux coopératives baptisées Faso JABIBI sont aujourd’hui opérationnelles à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso, avec pour objectif de mutualiser les investissements, les connaissances techniques et les débouchés commerciaux.

La culture de l’ananas reste toutefois exigeante en capital. L’accès au matériel végétal, à l’irrigation, aux intrants et à l’encadrement technique constitue encore un défi pour de nombreux producteurs. D’où l’importance accordée à la formation. « Notre premier conseil aux nouveaux investisseurs est de se former avant de lancer une plantation. La maîtrise de l’itinéraire technique est déterminante pour la réussite du projet », insiste Oumarou Compaoré.

L’expertise développée par la Ferme Djoda a d’ailleurs dépassé le cadre de l’exploitation. Le manuel technique élaboré par ses équipes a servi de référence à l’administration agricole pour la conception de la première fiche technique nationale dédiée à la production d’ananas au Burkina Faso.

La photo de famille à l’issue des deux jours de formation

Dans un contexte où le pays cherche à diversifier son agriculture et à renforcer les filières à forte valeur ajoutée, l’ananas apparaît progressivement comme une alternative crédible pour les entrepreneurs agricoles. Si les contraintes d’investissement demeurent importantes, la professionnalisation des producteurs, l’organisation en coopératives et le transfert de compétences pourraient constituer les principaux leviers de croissance d’une filière encore jeune, mais dont le potentiel économique suscite un intérêt croissant.

Par Vox Sahel

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