Pénurie de boissons au Burkina : « La demande dépasse aujourd’hui les capacités de production », Paré Zéphirin
Alors que la question de la disponibilité des boissons continue d’alimenter les débats au Burkina Faso, Zéphirin Paré, distributeur Sodibo et président de l’Association des distributeurs Sodibo-Brakina, livre son témoignage sur les difficultés rencontrées dans le circuit d’approvisionnement. Entre hausse des prix et baisse des volumes distribués, il décrit une réalité de terrain contrastant avec certains discours officiels et appelle à la confiance dans les mesures engagées pour un retour progressif à la normale.
Paré, comment avez-vous accueilli l’annonce de cette pénurie de boissons au Burkina Faso ?
Nous n’avons pas simplement reçu l’information, nous vivons la réalité sur le terrain. Depuis la fin de l’année 2025 jusqu’à aujourd’hui, les choses ont considérablement changé à l’usine. Avant, chacun pouvait entrer, se servir et sortir comme il le souhaitait. Il n’y avait pratiquement pas de restrictions. Aujourd’hui, la situation est tout autre. D’abord, il faut faire la queue et ensuite respecter un ordre de passage. À notre arrivée, nous constatons également qu’il existe une limite quant au nombre de camions pouvant être chargés. Une fois ce quota atteint, il n’est plus possible de se servir librement comme auparavant. Nous ne parlons donc pas de cette situation parce que nous en avons entendu parler ; nous en parlons parce que nous la vivons chaque jour.
La BMCRF affirme qu’il n’y a aucune pénurie de bière au Burkina Faso. Partagez-vous ce constat sur le terrain ?
Je ne me prononcerai pas sur les déclarations de la BMCRF. Ce que nous observons, en revanche, c’est que la Sodibo a instauré depuis quelque temps un système de répartition plus encadré des produits. Les chargements sont désormais limités par caviste afin de garantir un approvisionnement plus équitable à l’arrivée des stocks.
Les consommateurs constatent fréquemment une augmentation du prix de certaines boissons dans les maquis et les buvettes. Selon vous, qu’est-ce qui justifie ces variations de prix sur le terrain ?
Je ne pense pas que cette hausse des prix soit imputable aux cavistes. Il faudrait plutôt en rechercher les causes ailleurs que chez les distributeurs. Pour notre part, nous commercialisons nos boissons au tarif recommandé par notre partenaire, Sodibo. À ce jour, ces prix sont toujours appliqués aussi bien à Ouagadougou qu’à Bobo-Dioulasso.
Dans les autres localités du pays, la situation est différente, car il faut prendre en compte les coûts de transport, qui influencent le prix final. Cela repose sur un calcul relativement complexe intégrant plusieurs paramètres logistiques. En revanche, pour Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, les prix sont définis par notre partenaire et nous continuons à les respecter dans l’ensemble de nos points de vente.
Les tenanciers de caves subissent-ils actuellement des coûts supplémentaires (transport, distribution, stockage) susceptibles d’impacter les prix de vente ?
Oui, il y a eu des désagréments, mais pas de coûts supplémentaires, car le prix n’a pas changé au niveau de l’usine. En revanche, nos charges fixes demeurent constantes, alors que nos volumes de vente ont diminué. Cela peut donc effectivement impacter notre équilibre financier à ce niveau. Par ailleurs, il n’y a pas de charges additionnelles, puisque rien n’a changé au niveau de l’usine. Cependant, nous ne bénéficions plus des mêmes quantités de boisson que nous recevions habituellement.
Alors, à cela, la BMCRF parle d’une pratique La BMCRF parle de pratiques spéculatives. Reconnaissez-vous l’existence de tels comportements dans le circuit de distribution ?
Comme la BMCRF est une structure de contrôle, je suppose qu’elle a mené ses enquêtes et constaté, en effet, des hausses de prix par endroits. Je ne peux pas me prononcer sur ce point. En revanche, je peux parler des distributeurs. Chez nous, les prix n’ont pas changé : nous vendons toujours au tarif normal recommandé par la Sodibo.
Quel message pour les consommateurs dans ce contexte ?
Ce que nous souhaitons leur dire, c’est simplement qu’au niveau des cavistes, les distributeurs appliquent les prix normaux recommandés, auxquels nous nous référons. Par conséquent, toute autre variation de prix observée dans d’autres circuits ne nous concerne pas et ne relève en aucun cas de notre responsabilité.
Si vous aviez la possibilité de vous adresser directement aux consommateurs pour restaurer leur confiance, surtout dans un contexte de contrôles et de rumeurs, quel message leur feriez-vous passer en tant que tenancier ?
Le travail que la BCMRF mène déjà est louable et mérite d’être salué. Il consiste à stabiliser les prix, à identifier les causes des fluctuations observées sur le marché et à mettre en œuvre des solutions afin que les consommateurs ne subissent pas les conséquences des hausses de prix. Certes, nous ne travaillons pas directement avec les clients finaux, mais nous assurons la distribution de nos produits. À ce titre, nous apprécions et saluons les efforts entrepris par la BCMRF pour protéger le pouvoir d’achat des populations.
Monsieur Paré, quel message souhaitez-vous adresser aux consommateurs et aux autorités face à cette situation ?
Cette situation est une réalité que nous constatons tous sur le terrain. À ce sujet, notre partenaire Sodibo nous a officiellement informés qu’il travaille activement à la mise en place de solutions durables pour améliorer l’approvisionnement. Comme indiqué dans sa correspondance, la demande actuelle dépasse les capacités de production disponibles. Cette hausse s’explique notamment par les avancées enregistrées dans la reconquête du territoire national, qui permettent désormais à davantage de localités d’être desservies et à un plus grand nombre de consommateurs d’accéder aux produits.
Face à cette demande croissante, l’offre reste aujourd’hui insuffisante, ce qui entraîne les tensions observées sur le marché. Sodibo s’est toutefois engagée à renforcer ses capacités de production afin de mieux répondre aux besoins des consommateurs. Il est important de rappeler que cette pénurie affecte l’ensemble de la chaîne de distribution, des producteurs aux consommateurs. Par ailleurs, en tant qu’acteur économique majeur contribuant à l’effort de guerre, une baisse des performances de l’entreprise a également des répercussions plus larges. Nous demeurons confiants quant aux mesures engagées et espérons un retour progressif à la normale dans les meilleurs délais.
Par Vox Sahel

