Abattoir frigorifique de Bobo-Dioulasso : Déguerpissement aux abords de la structure
Entre impératifs sanitaires, enjeux économiques et application de la loi
Les autorités ont joint l’acte à la parole. Après plusieurs avertissements, les occupants installés aux alentours de l’abattoir frigorifique ont été sommés de libérer les lieux, le 4 janvier 2026 constituant le dernier délai officiellement fixé.
Selon des témoignages recueillis sur place, l’opération a débuté aux premières heures de la journée. Dès 3 heures du matin, un important dispositif sécuritaire a été déployé, mobilisant la BAC, la CRS, le SRPJ, la police municipale, ainsi que la gendarmerie. Toutes les entrées menant à l’infrastructure vétérinaire ont été bouclées, empêchant tout mouvement. À 4 heures, les engins lourds sont entrés en action. Enclos d’animaux, magasins et boutiques installés de façon anarchique ont été entièrement démolis, sous le regard impuissant de leurs propriétaires qui tentaient de sauver ce qui pouvait encore l’être.

Selon les autorités sanitaires, l’occupation anarchique des abords de l’abattoir représentait un risque réel pour la santé publique. La promiscuité entre les animaux, les déchets organiques, les installations informelles et les habitations favorisait la prolifération de maladies zoonotiques, la contamination des viandes et l’insalubrité générale du site.
Des sources proches des services vétérinaires évoquent également des manquements graves aux normes d’hygiène, incompatibles avec les exigences de salubrité imposées aux infrastructures de transformation de produits d’origine animale.

Sur le plan économique, le déguerpissement a plongé de nombreux acteurs, bouchers, commerçants et petits éleveurs dans l’incertitude. Pour beaucoup, ces installations constituaient leur principale source de revenus. Certains affirment n’avoir reçu aucune solution de relogement ou d’accompagnement, redoutant une rupture brutale de leurs activités.
Toutefois, les autorités estiment que la réorganisation du site pourrait, à moyen terme, améliorer la chaîne de valeur de la viande, renforcer la traçabilité des produits et favoriser une meilleure structuration du secteur, bénéfique aussi bien aux consommateurs qu’aux professionnels respectant les normes.

D’un point de vue juridique, les installations détruites étaient jugées illégales, car implantées sur le domaine public sans autorisation formelle. L’administration rappelle que plusieurs mises en demeure avaient été adressées aux occupants depuis octobre 2025, accompagnées d’opérations de sensibilisation et de sommations de libérer les lieux.
« Depuis octobre 2025, nous menons des actions de sensibilisation, mais ils ne veulent pas comprendre », confie un élément des forces de sécurité.
Dans les rangs des occupants déguerpis, certains accusent les jeunes bouchers, auteurs de pneus brûlés le 1er janvier 2026, d’avoir provoqué une réaction de fermeté des autorités.
« On n’engage pas un bras de fer contre l’État », déplore un occupant.

La scène était marquée par la tension. Un homme venu récupérer ses bœufs a été refoulé, illustrant la rigueur des consignes appliquées lors de l’opération.
Ce déguerpissement, bien que controversé, s’inscrit dans une dynamique plus large de restauration de l’ordre urbain, de protection de la santé publique et de respect de la légalité, au prix toutefois d’un choc social pour de nombreuses familles concernées.

