Médias : « la Chine et l’Afrique doivent écrire une nouvelle histoire ensemble », Liu Linhai

Médias : « la Chine et l’Afrique doivent écrire une nouvelle histoire ensemble », Liu Linhai

Former des journalistes africains, partager des savoir-faire et bâtir des passerelles durables entre les continents : telle est l’ambition de Liu Linhai. Vice-président de l’Institut de recherche et de formation de l’administration nationale de la radio et de la télévision de Chine, il voit dans la coopération médiatique sino-africaine bien plus qu’un simple échange de compétences. Pour lui, il s’agit d’un enjeu stratégique à l’heure où le numérique, l’intelligence artificielle et les plateformes de streaming redessinent le paysage audiovisuel mondial. À travers séminaires, programmes de formation et échanges académiques, Pékin entend non seulement accompagner les médias africains dans leur transition, mais aussi s’enrichir de leur expérience pour affronter ensemble les défis universels de la régulation, de la paix et du développement équitable.

 

Pouvez-vous nous présenter votre institution ?

Je m’appelle Liu Linhai et je suis vice-président de l’Institut de recherche et de formation de l’administration nationale de la radio et de la télévision de Chine. Notre institution est directement rattachée à l’Administration nationale de la radio et de la télévision de Chine et occupe une place stratégique dans le développement des médias du pays.

Fondé en 1983, l’Institut a pour mission principale la formation des professionnels de la radio, de la télévision et plus largement de l’audiovisuel. Nous formons des journalistes, des animateurs, des présentateurs, mais aussi des techniciens et des spécialistes de la production médiatique. En plus de cette mission pédagogique, nous organisons régulièrement des activités d’échanges et d’apprentissage à destination des travailleurs des médias. Notre rôle est donc à la fois académique et diplomatique : nous œuvrons pour la professionnalisation du secteur et pour la promotion des échanges internationaux.

En Chine comme ailleurs, les médias doivent s’adapter pour rester pertinents et compétitifs.

La Chine développe de nombreux partenariats avec l’Afrique, notamment dans le domaine médiatique. Comment votre institut s’inscrit-il dans cette dynamique de coopération, particulièrement avec des pays comme le Burkina Faso ?

Depuis quelques années, les relations entre la Chine et l’Afrique connaissent un essor considérable. Le président Xi Jinping accorde une importance particulière à cette coopération, qui s’inscrit dans une vision de partenariat gagnant-gagnant et durable.

Notre institut joue un rôle actif dans ce processus. Nous organisons chaque année des séminaires et programmes de formation destinés aux professionnels des médias africains, afin de favoriser le partage d’expériences et l’apprentissage mutuel. Ces rencontres sont l’occasion de confronter différentes pratiques, de découvrir les évolutions du secteur et d’identifier des solutions communes face aux défis contemporains des médias.

Nous invitons régulièrement des spécialistes et universitaires chinois pour partager leur expertise, mais nous accordons aussi une grande importance aux retours d’expérience des participants africains. L’objectif est de créer un véritable pont de communication entre nos deux continents et de bâtir un dialogue constructif et durable.

Sur le plan strictement médiatique, le défi réside dans la capacité à réguler les contenus de manière responsable

Vous venez de former une vingtaine de journalistes burkinabè. Quelles sont vos attentes vis-à-vis de ces professionnels que vous avez accueillis en Chine ?

Nos attentes reposent sur deux axes principaux à savoir, l’apprentissage réciproque et la continuité de la coopération. Nous espérons que les journalistes formés repartent avec des connaissances utiles, des méthodes modernes et une meilleure compréhension du paysage médiatique chinois. Mais nous souhaitons également apprendre d’eux, car leurs expériences enrichissent notre vision et nourrissent nos pratiques.

Au-delà des dix ou onze jours du séminaire, nous souhaitons que les liens tissés perdurent. Notre objectif est de bâtir une coopération durable, basée sur la confiance et le bénéfice mutuel. Nous aimerions que ces journalistes deviennent, à leur retour, des relais actifs de ce partenariat, capables de partager leurs acquis et de développer de nouvelles collaborations entre la Chine et leurs pays respectifs.

Actuellement, vos formations sont de courte durée. Envisagez-vous, à l’avenir, d’ouvrir des programmes de plus longue durée pour les journalistes africains, notamment du Burkina Faso ?

En effet, nous avons conscience que certaines compétences nécessitent un apprentissage approfondi. C’est pourquoi nous encourageons les participants qui souhaitent bénéficier de formations plus longues à exprimer leurs besoins auprès de l’ambassade de Chine dans leur pays.

En Chine, plusieurs universités et institutions spécialisées proposent déjà des programmes de six mois, un an, voire deux ans, qui permettent aux étudiants étrangers, y compris africains, de se perfectionner dans le domaine des médias et de la communication. Notre institut est prêt à soutenir ce type d’initiative et à faciliter l’accès à ces formations.

La Chine réussi à sortir plus de 50 millions de personnes de la pauvreté en quelques décennies, une expérience que nous pouvons partager avec nos partenaires africains

Le monde des médias connaît aujourd’hui une profonde mutation avec l’émergence du numérique, des réseaux sociaux, de l’intelligence artificielle et des plateformes de streaming. Comment votre institut accompagne-t-il cette transformation ?

Vous avez raison, le secteur médiatique mondial traverse une phase de bouleversements technologiques majeurs. En Chine comme ailleurs, les médias doivent s’adapter pour rester pertinents et compétitifs.

Notre institut suit de près ces évolutions. Nous intégrons les nouvelles technologies dans nos programmes de formation et travaillons avec des experts pour développer des contenus pédagogiques adaptés. Nos cours sont régulièrement actualisés afin de refléter les innovations en matière de production audiovisuelle, de diffusion numérique et de gestion des plateformes interactives.

Nous formons ainsi les participants non seulement aux techniques traditionnelles, mais aussi aux compétences de demain. Cette approche permet aux journalistes et techniciens de rester compétitifs et d’accompagner efficacement la transition numérique de leurs médias.

La Chine et l’Afrique ont tout intérêt à unir leurs forces pour bâtir des systèmes audiovisuels solides, inclusifs et adaptés à leurs réalités respectives.

Quels sont, selon vous, les défis communs que la Chine et l’Afrique doivent relever ensemble dans le domaine de l’audiovisuel et de la régulation des médias ?

Les défis sont nombreux et dépassent parfois le seul cadre médiatique. Ils concernent en réalité toute l’humanité. Nous faisons face à des enjeux universels : la lutte contre la pauvreté, la préservation de la paix et la promotion d’un développement équitable.

La Chine a par exemple réussi à sortir plus de 50 millions de personnes de la pauvreté en quelques décennies, une expérience que nous pouvons partager avec nos partenaires africains. De même, dans un contexte mondial marqué par les conflits, la coopération pour la paix et la stabilité est essentielle.

Sur le plan strictement médiatique, le défi réside dans la capacité à réguler les contenus de manière responsable, à accompagner la révolution numérique et à promouvoir des médias libres mais responsables, capables de servir l’intérêt général. La Chine et l’Afrique ont tout intérêt à unir leurs forces pour bâtir des systèmes audiovisuels solides, inclusifs et adaptés à leurs réalités respectives.

Avez-vous quelque chose à ajouter pour conclure cet entretien ?

Je souhaite que la coopération entre la Chine et l’Afrique, particulièrement dans le domaine des médias, continue de se renforcer. Ensemble, nous avons la possibilité de construire des ponts solides, de favoriser une meilleure compréhension mutuelle et de contribuer à un développement partagé.

J’espère avoir l’occasion d’accueillir à nouveau des journalistes africains en Chine, afin qu’ils puissent découvrir d’autres régions et approfondir encore davantage cette expérience d’échange et d’apprentissage.

Interview réalisée par Vox Sahel

Vox Sahel

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