Crise diplomatique en Guinée-Bissau : Umaro Sissoko Embalo défie la CEDEAO
Dans une interview exclusive accordée à Russia Today (RT), le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoko Embalo, a justifié sa récente décision d’expulser une mission de la CEDEAO et des Nations Unies, envoyée pour résoudre une crise politique dans son pays. Estimant que cette mission ne respectait ni la souveraineté nationale ni les textes en vigueur, le chef de l’État a vivement critiqué l’attitude de l’organisation sous-régionale et plaidé pour une réforme en profondeur de son fonctionnement.
Le président Embalo n’a pas mâché ses mots pour dénoncer ce qu’il considère comme une ingérence inacceptable. Selon lui, la mission de la CEDEAO s’est rendue en Guinée-Bissau sans présenter au préalable une feuille de route claire, un élément essentiel pour garantir la transparence de ses actions.
« Chacun doit savoir où son pouvoir commence et où il se termine », a-t-il martelé, soulignant que la mission n’avait pas respecté la Constitution bissau-guinéenne, pourtant placée au-dessus des décisions de l’organisation sous-régionale.
Face à ce qu’il qualifie d’entorse aux règles diplomatiques, Embalo a pris une décision radicale : l’expulsion pure et simple des émissaires de la CEDEAO et de l’ONU. « Ils sont allés trop loin. Ils voulaient créer une crise politique profonde. Ça, c’est inacceptable ! », a-t-il dénoncé.
Loin de craindre d’éventuelles représailles, le président bissau-guinéen se montre confiant. Il exclut toute sanction à l’encontre de son pays et réaffirme la souveraineté de la Guinée-Bissau :
« Ce ne sont pas des petits fonctionnaires de la CEDEAO qui vont venir nous dicter ce que nous devons faire. Non, ça jamais ! », a-t-il lancé avec fermeté.
Selon lui, la CEDEAO doit revoir son organisation interne et mieux définir ses prérogatives. « C’est une organisation qu’on doit calibrer. Nous, les chefs d’État, allons la calibrer », a-t-il insisté, dénonçant la présence de « militants et activistes » au sein de la commission régionale.
Revenant sur la crise nigérienne, Umaro Sissoko Embalo a également reconnu des erreurs dans la gestion du coup d’État qui a renversé le président Mohamed Bazoum en juillet 2023.
Alors que la CEDEAO avait menacé d’une intervention militaire pour restaurer le pouvoir civil, Embalo considère aujourd’hui cette option comme une mauvaise approche. « C’est de notre faute. On aurait dû envisager une autre stratégie », a-t-il admis, estimant qu’il faut désormais se concentrer sur l’avenir et sur le redressement de la CEDEAO.
Concernant le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, le président bissau-guinéen s’est dit profondément attristé par cette décision. Ces trois pays, qui ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), ont choisi de prendre leurs distances avec l’organisation sous-régionale, mettant en péril la cohésion de l’espace ouest-africain.
« C’est regrettable, dommage et pénible », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant leur souveraineté nationale.
Un avenir incertain pour la CEDEAO
Face aux défis croissants qui secouent la CEDEAO, Umaro Sissoko Embalo appelle à une réforme en profondeur pour éviter l’effondrement de l’organisation. « La CEDEAO est crédible… On doit la relever », a-t-il conclu.
Dans un contexte de tensions croissantes entre certains États membres et l’organisation, l’avenir de la CEDEAO semble plus incertain que jamais. La position tranchée du président bissau-guinéen illustre la fracture grandissante entre les dirigeants ouest-africains et la nécessité d’une refonte du cadre institutionnel pour assurer la stabilité de la région.

