Réforme agraire et foncière : Les inquiétudes d’un propriétaire terrien

Réforme agraire et foncière : Les inquiétudes d’un propriétaire terrien

Le Conseil des ministres du 5 février 2025 a adopté un projet de loi visant à réorganiser le secteur agraire et foncier au Burkina Faso, un texte qui redéfinit la gestion des terres et renforce le rôle de l’État en matière de propriété foncière. Selon ce projet, la terre deviendrait désormais la propriété exclusive de l’État.

Cette décision suscite cependant des préoccupations chez certains propriétaires terriens, notamment le Malgr Naaba, un notable de Sabtenga, dans la commune de Pabré, qui a exprimé ses réserves concernant la réforme.

Le Malgr Naaba a notamment appelé les autorités à prendre en compte les propriétaires terriens et les chefs coutumiers dans cette réforme. En 2012, une réforme foncière avait déjà introduit un partage de la gestion des terres entre l’État, les propriétaires terriens et les collectivités locales.

Cependant, cette gestion partagée avait conduit à des dérives, incitant l’État à se positionner désormais comme le seul détenteur de la propriété foncière.Le chef coutumier a fait part de ses craintes concernant les impacts sociaux et culturels d’une centralisation excessive du pouvoir foncier.

Il insiste sur le fait que, bien que l’État ait un rôle de régulation et de gestion, la terre appartient avant tout aux populations et fait partie de leur patrimoine ancestral.

« Les terres sont l’héritage de nos ancêtres, cultivées, entretenues et protégées de génération en génération. Si l’État s’empare de ces terres, cela pourrait causer un déchirement social », a-t-il averti.

Le Malgr Naaba souligne également que la réforme semble négliger l’importance des traditions et des coutumes dans la gestion foncière. Selon lui, avant même la création de l’État, ce sont les chefs coutumiers qui réglaient les conflits liés à la terre et garantissaient la paix au sein des communautés.

Il plaide pour une réforme qui soit le fruit d’une collaboration entre l’État et les autorités coutumières, dans le respect des droits des communautés locales.Concernant les autres aspects du projet de loi, notamment l’introduction de baux de longue durée pour les exploitations agricoles (allant de 18 à 99 ans), le Malgr Naaba a exprimé son opposition.

Pour lui, un Burkinabè ne devrait pas avoir à demander l’autorisation de l’État pour cultiver la terre. Il préfère que les accords entre propriétaires fonciers et cultivateurs se fassent directement, sans l’intervention de l’État.

Le projet de loi prévoit également d’interdire aux étrangers de posséder des terres rurales, une mesure que le Malgr Naaba soutient pleinement. Il est d’avis qu’un étranger ne doit pouvoir que louer la terre pour l’exploiter, mais ne doit pas en être propriétaire à long terme, afin de protéger les biens fonciers des Burkinabè.

Enfin, il a salué le travail des Forces de défense et de sécurité (FDS) et des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), soulignant l’importance de l’engagement de chaque citoyen pour la restauration de la paix. Selon lui, le Burkina Faso a déjà surmonté des crises similaires dans le passé et finira par triompher à nouveau, à condition que tous unissent leurs forces pour la défense de la nation.

Par Amir BAKO

Vox Sahel

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