Bobo-Dioulasso : Au marché de Colma, des commerçants entre colère et désespoir

Bobo-Dioulasso : Au marché de Colma, des commerçants entre colère et désespoir

Sous un soleil brûlant, au milieu de structures inachevées qui tiennent plus du chantier abandonné que d’un marché moderne, une poignée de commerçants se regroupent. Des hommes et des femmes, visages fermés, voix tremblantes parfois, mais tous portés par la même colère. Quatre ans après la démolition de leurs lieux de travail, les anciens occupants des marchés de Colma et d’Accart-Ville disent vivre un cauchemar.

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« Quand on a rasé le marché en 2021, j’étais parmi les premiers à applaudir », raconte avec amertume Dame Victorine, une vendeuse de tissus qui vivait de son étal depuis plus de vingt ans. « On nous avait promis un marché moderne en 18 mois. Aujourd’hui, non seulement nous n’avons rien, mais on nous demande de payer près d’un million de francs CFA pour un simple hangar. Moi je gagne à peine de quoi nourrir mes enfants. Où vais-je trouver une telle somme ? »

À quelques mètres, Moussa, ancien vendeur de céréales, lève les bras vers les alignements de boutiques en construction. « Regardez vous-mêmes ! Ce sont des kiosques, pas un marché ! On nous avait promis une grande infrastructure, digne de Bobo-Dioulasso. Ce qu’on voit aujourd’hui, ce sont des petites boîtes étriquées. Ce n’est pas ce qui avait été dit. On nous a menti. »

Quatre années d’attente et de désillusions

En 2021, l’annonce de la démolition des marchés de Colma et d’Accart-Ville avait suscité l’enthousiasme. La mairie avait promis des bâtiments modernes et fonctionnels. Mais après le premier délai de 18 mois, rien n’était prêt. Un second délai avait été annoncé, encore expiré sans résultat.
« Depuis quatre ans, je vends au bord de la route. Quand il pleut, je ramasse mes affaires, quand il fait trop chaud, je n’ai aucun abri. Mes enfants ne vont plus régulièrement à l’école parce que je n’arrive pas à payer », confie
Salamata, vendeuse de légumes. Sa voix tremble, mais elle insiste : « C’est plus qu’une question de commerce. C’est notre vie, notre survie même, qui est en jeu. »

Attributions controversées

Au-delà des retards, la colère se nourrit d’un autre sujet explosif : les attributions de boutiques.
« Nous pensions que les commerçants qui étaient là avant auraient la priorité », s’indigne
Drissa Konaté, porte-parole des manifestants. « Mais à notre grande surprise, des gens qui n’ont jamais travaillé ici obtiennent des places, souvent parce qu’ils ont de l’argent ou des relations. Et nous, les vrais occupants, nous sommes laissés de côté. C’est une injustice que nous ne pouvons plus accepter. »

À ses côtés, Adama, vendeur de chaussures, ajoute : « On nous chasse de nos marchés, on nous promet un retour, et maintenant on veut nous remplacer par des étrangers au marché. Si ça continue, nous reprendrons nos places par nous-mêmes. Nous n’avons plus rien à perdre. »

Une menace de réoccupation

Réunis sur le site de Colma, les commerçants n’ont pas seulement exprimé leur désarroi. Ils ont lancé un ultimatum clair : 15 jours pour que les autorités répondent à leurs revendications, faute de quoi ils envisagent de reprendre de force leurs emplacements.
« Nous ne pouvons plus rester inactifs. Nos familles souffrent. Si on ne nous écoute pas, on reviendra occuper le marché, terminé ou pas », martèle Drissa Konaté, applaudi par ses camarades.

Des vies suspendues

En attendant une réaction officielle, la vie des commerçants reste suspendue. Beaucoup vivent au jour le jour, vendant à la sauvette, d’autres ont dû abandonner le commerce faute de moyens. Tous témoignent d’une même lassitude : celle d’avoir cru à une promesse de modernité qui s’est transformée en désillusion.
« Ce marché, c’était notre fierté, notre gagne-pain, notre avenir », souffle
Awa, ancienne vendeuse de condiments. « Aujourd’hui, c’est devenu une source de souffrance et d’injustice. »

Sous les hangars inachevés, les voix des commerçants résonnent comme un cri d’alarme : un appel à la dignité, à la transparence et à la responsabilité. Mais surtout, un appel à ne pas être oubliés.

Par Issa Kuiliga

Vox Sahel

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