4 août 1984 – 4 août 2025 : Il y a 41 ans, Thomas Sankara tuait la Haute-Volta pour faire vivre le Burkina Faso
Le 4 août 1984, un tournant historique marquait l’Afrique de l’Ouest. Le président révolutionnaire Thomas Sankara débaptisait la Haute-Volta, vestige de la colonisation française, pour donner naissance au Burkina Faso, « la patrie des hommes intègres ».
Quarante et un ans plus tard, cet acte de rupture continue de résonner comme l’un des symboles forts de la décolonisation post-indépendance en Afrique. En effaçant le nom imposé par l’administration coloniale, Sankara voulait inscrire le pays dans une dynamique nouvelle, affranchie des héritages oppressifs de l’ère coloniale.
Créée en 1919 par la France, la Haute-Volta tirait son nom du fleuve Volta, sans lien réel avec les identités culturelles et linguistiques de ses habitants. Ce nom, purement géographique, portait en lui les traces d’une époque où les nations africaines n’étaient que des pièces sur l’échiquier impérial européen.
En 1984, dans un geste hautement symbolique, Thomas Sankara balaie cette désignation coloniale pour imposer un nom enraciné dans les langues locales : « Burkina Faso », composé du mooré « Burkina » (intègre) et du dioula « Faso »(terre/patrie). Littéralement : la patrie des hommes intègres. Un clin d’œil appuyé à la diversité linguistique du pays et un appel à l’unité nationale par l’intégrité.
Pour Sankara, ce changement ne relevait pas simplement du cosmétique. C’était un acte politique majeur, un « re-naming » qui visait à rompre mentalement et symboliquement avec le passé colonial.
« Nous devons oser inventer l’avenir », déclarait-il dans un discours resté célèbre. Le changement de nom de la nation n’était qu’une première étape dans sa volonté de bâtir un État souverain, juste, autosuffisant et débarrassé de ses complexes post-coloniaux.
Ce 4 août 1984 est ainsi devenu une date fondatrice dans la mémoire burkinabè. Elle marque non seulement un changement de nom, mais l’amorce d’une vision révolutionnaire : celle d’un pays maître de son destin, porté par des valeurs d’intégrité, de justice sociale et de dignité.
Aujourd’hui encore, l’héritage de Sankara continue d’inspirer de nombreuses générations au Burkina Faso et ailleurs sur le continent. Si son projet révolutionnaire a été brutalement interrompu en 1987, ses idées et ses gestes symboliques, comme le baptême du pays, restent gravés dans l’histoire.
Le Burkina Faso, nom forgé dans les langues de ses peuples, demeure l’un des rares pays d’Afrique à avoir assumé jusqu’au bout une identité post-coloniale pensée par ses propres enfants.
Par Vox Sahel

