Fabédougou et son Bandji : L’art ancestral menacé par le développement urbain

Fabédougou et son Bandji : L’art ancestral menacé par le développement urbain

A une vingtaine de kilomètres de Banfora, dans la région verdoyante des Cascades au Burkina Faso, se trouve le paisible village de Fabédougou. Ce hameau agricole, réputé pour ses formations rocheuses spectaculaires, cache un autre trésor : le bandji, un nectar sucré extrait des rôniers. Ici, l’art de l’extraction du bandji est une tradition millénaire, préservée et transmise de génération en génération.

Depuis 2015, Issiaka Sombié, un habitant du village, a repris le flambeau de ce savoir-faire ancestral,devenant ainsi le maître du bandji à Fabédougou. Avec 24 rôniers sous sa responsabilité, ce jeune père de famille consacre son temps et son énergie à cette activité saisonnière, qui s’étend de décembre à août.

L’extraction du bandji est un processus aussi fascinant qu’exigeant. Chaque jour, Issiaka grimpe sur ses rôniers, dont la hauteur la varie entre 1 et 15 mètres, pour entretenir les troncs et faciliter l’écoulement du précieux liquide. « Un rônier bien entretenu peut produire jusqu’à six litres de bandji par jour », confie-t-il.

Le jus est vendu à 150 FCFA le litre, un prix modique pour un produit 100 % naturel et pris dans toute la région. Les principaux clients d’Issiaka sont les villageois de Fabédougou, mais il fournit également des revendeuses de bandji dans la commune voisine de Bérégadougou et expédie ses produits vers des villes comme Bobo-Dioulasso, Ouagadougou et Koudougou.

Avec une production quotidienne qui peut lui rapporter jusqu’à 25 000 FCFA, l’extraction du bandjiest bien plus qu’une simple tradition : c’est un pilier économique pour Issiaka et sa famille. Cependant, au-delà de la rentabilité, ce métier est pour lui un service social. « Dans la culture Turka, le bandji est indispensable lors des cérémonies coutumières, qu’il s’agisse de mariages ou de funérailles », explique-t-il.

Grimper sur un rônier n’est pas sans danger. Pour éviter les chutes, Issiaka utilise un support fabriqué à partir de feuilles fraîches de rônier. Malgré cette précaution, le risque reste omniprésent, surtout lorsqu’il travaille tard dans la nuit.

Si le bandji est aujourd’hui une source de fierté et de richesse pour Fabédougou, son avenir est incertain. Issiaka redoute l’arrivée d’un lotissement dans son village, ce qui entraînerait l’abattage des rôniers. « Si cela arrive, ce sera la fin d’un trésor inestimable, non seulement pour notre village, mais pour toute la région des Cascades », déplore-t-il.

A Fabédougou, le bandji est bien plus qu’une boisson. C’est un symbole de la richesse culturelle et naturelle de la région. Grâce à la passion et au dévouement d’hommes comme Issiaka Sombié, cette tradition continue de prospérer. Cependant, la préservation de ce patrimoine unique nécessite une réflexion collective pour garantir que le « règne du rônier » perdure face aux pressions du développement urbain.

Fabédougou peut compter sur Issiaka pour perpétuer cet art, mais il appartient à tous de protéger ce patrimoine, véritable ou liquide des Cascades.

 Par Abdramane Sontié

Vox Sahel

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