Procès du détournement de fonds publics au ministère de l’Action humanitaire : Le principal prévenu charge ses supérieurs hiérarchiques

Procès du détournement de fonds publics au ministère de l’Action humanitaire : Le principal prévenu charge ses supérieurs hiérarchiques

Le procès relatif au détournement de fonds publics au ministère de l’Action humanitaire a repris le lundi 9 décembre 2024 au Tribunal de grande instance Ouaga 1. 

Lors de l’audience du 3 décembre, les avocats du principal prévenu, Amidou Tiégnan, s’étaient retirés, laissant leur client sans défense. Cependant, à la reprise des débats le 9 décembre, ces avocates se sont à nouveau constituées pour représenter leur client, un retour qui n’a pas été apprécié par l’agent judiciaire de l’État. Ce dernier a exprimé son mécontentement, soulignant que si l’audience avait continué comme prévu le 3 décembre, le dossier aurait pu être clos.

Selon lui, cette reconstitution était une tentative de retardement du procès. Le tribunal, bien que conscient des perturbations, a autorisé la reconstitution, rappelant que ces reports avaient nui au bon déroulement de la procédure.Lors de l’audience, Amidou Tiégnan a pris la parole pour se défendre, affirmant qu’il n’avait été qu’un exécutant dans les paiements illicites, agissant sur ordre de ses supérieurs hiérarchiques. Selon lui, il n’avait jamais falsifié de signatures et avait toujours suivi les instructions de Camille Yé, le Directeur de la gestion des finances (DGEF), et de Gnoumou Amidou, le chef de la Commande publique du ministère.

Tiégnan a expliqué que le DGEF lui remettait parfois des chèques en blanc ou des spécimens de signature pour effectuer des paiements. De plus, il a révélé que, sous les ordres de Yé Camille, il avait été chargé de transmettre de l’argent à Saaba, parfois en grosses sommes.Pendant le procès, la défense a contesté la légalité de la procédure, notamment la séparation des poursuites relatives au blanchiment de capitaux. Les avocates ont demandé l’annulation de cette séparation, estimant que toutes les infractions faisaient partie du même dossier et devaient être jugées ensemble.

Le parquet a rejeté cette demande, arguant que la disjonction était une mesure légale et que l’exception soulevée n’avait pas de fondement. Le tribunal a décidé de joindre cette exception au fond et de poursuivre les débats.Au fur et à mesure des auditions, Amidou Tiégnan a fini par reconnaître avoir détourné des fonds pour le compte du DGEF et pour son propre bénéfice. Il a estimé que, entre 2023 et 2024, il avait détourné environ un milliard de F CFA pour Yé Camille et 900 millions pour lui-même.

Il a expliqué que ce détournement s’était produit sous la direction de Camille Yé, dès sa prise de fonction en mars 2023, dans un processus informel où les demandes de fonds étaient faites par téléphone, sans documentation formelle.Concernant le déblocage des fonds, Tiégnan a révélé qu’une série de facilités avait été mises en place au ministère pour accéder aux fonds publics, notamment via des appels directs de Yé Camille.

Il a aussi détaillé des opérations de retrait de fonds effectuées avec l’aide de M. Sagnon, chef de dépôt au Trésor, en précisant que ces sommes étaient destinées à l’indemnisation des victimes de l’insurrection populaire, et non à l’aide humanitaire. Le tribunal a néanmoins estimé que la destination des fonds n’affectait en rien leur nature publique.Amidou Tiégnan a également reconnu avoir co-signé des chèques frauduleux, après avoir nié sa participation initiale. Concernant sa fonction de gestionnaire financier, Tiégnan a affirmé qu’il avait été « imposé » à ce poste en 2022, bien qu’il ait été initialement conseiller en éducation féminine.

 Le procès se poursuit…

 

Par Amir Bako

 

Vox Sahel

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